12/03/2012

Laurent de Wilde "Monk" - Deux pianistes, un livre

9782070403141FS.gifThelonious Monk reste sans aucun doute à la fois l'un des jazzmen les plus méconnus (tout du moins du grand public) et l'un des plus adulé. Tout dans ce gros bonhomme vire à la démesure: son gabarit, son talent, son nom, son destin. C'est l'un de ces musiciens, transcendant les genres avec décontraction, que l'on compte sur les doigts d'une (allez, deux) main lorsque s'éteint le siècle.

Et il fallait bien la culture, la classe et l'admiration adolescente de Laurent de Wilde (lui aussi pianiste et lui aussi talentueux au possible), pour rendre compte au mieux de ce destin hors-normes, mais surtout le mettre avec simplicité à la disposition du plus grand nombre. Essentiellement axé sur sa musique et sa carrière, de Wilde explique sa singulière idole sans jamais tomber dans l'abscon. Et profitant de l'aubaine, il explique en plus le jazz, l'importance de la section rythmique ("Jouer avec une bonne section rythmique, c'est comme descendre une rue en pente douce" dit-il en substance), le rôle des producteurs, des labels, pourquoi la trompette ou le saxophone, pourquoi piano/contrebasse/batterie, comment ça se passe en studio, et la drogue dans tout ça ? Voici quelques sujets que l'auteur aborde avec décontraction tout en déroulant la vie de Monk.

Et ce petit extrait, quintessence du style du pianiste prend toute sa saveur après dégustation de l'ouvrage de Wilde. On s'amuse à retrouver ce dont il nous a parlé. Le look du gaillard, ses couvre-chef (" Ce n'est plus un chapeau qu'il porte, c'est une idée de chapeau !"), cette jambe droite qui se démembre, ces doigts de mammouth qui écrasent le clavier, et surtout ces accords, ces ruptures, cette façon maladroite et approximative de dépasser les conventions pour transcender la musique. Et plus que tout encore, il y a ses compositions, immortelles, minérales. Des mélodies qui devaient flotter quelque part en l'air et qui attendaient le talent exceptionnel de Monk pour exister vraiment.

Et ce livre tiendra jusqu'au bout ses promesses, en effleurant avec pudeur la fin de vie du pianiste rongé par ses tourments intérieurs. De Wilde évite de mélanger l'histoire du musicien Monk avec celle de l'homme souvent mutique, parfois incontrolable, voire au bord (ou en plein milieu) de la démence. Tous ces épisodes douloureux se racontent d'abord musicalement (le concert qui se barre en couille, son absence des scènes new-yorkaises) puis d'un point de vue plus terrestre ou médical.

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, de Wilde a proposé à Arte un documentaire fabuleux, histoire d'en vouloir un peu plus...

http://laurentdewilde.com/monk_188.html

Tout ça pour dire que je connaissais mal Thelonius Monk, et que maintenant, j'ai envie de tout découvrir.

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