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12/09/2012

John Surman - un son, un souffle, une vie (et un disque)

Dans la John+Surman+Surman02.jpgsérie "Madeleine de Proust", la sortie du dernier disque du saxophoniste et clarinettiste britannique John Surman se pose là. En premier lieu parce que ce disque rappelle furieusement les chefs d'oeuvre crépusculaires mi ambient mi synthétiques que le musicien avait sorti il y a plus de trente ans, et aussi plus personnellement parce qu'il me ramène vers une de mes premières idoles. Sorti de l'adolescence, pas encore vraiment pubère, pas vraiment sûr de moi, ce bon vieux John et sa gueule improbable de chaudronnier aux trois-huit a toujours été présent au cours de mon petit cheminement musical.

Je me souviens de Thimar avec Dave Holland et Anouar Brahem qui m'avait ouvert les oreilles à lui. Quelques mois plus tard, je planais donc encore avec lui en découvrant son souffle profond qui sublimait les mélodies limpides, teintées de folklore et habillées de synthétiseurs complètement kitsch mais absolument indispensable: Private City, Road to Saint Yves ou son inénarrable duo avec Jack Dejohnette sur The Amazing Adventures of Simon Simon... Y'a pas à dire, c'était de la bonne. De celle qui va bien avec les nuits étudiantes à rallonge, les discussions sans fins, avec cendriers pleins et bières vides (et bien souvent, bières vides transformées en cendriers).

 

Et quand, plein d'espoir et tout innocent, je me lançais au hasard dans ses premiers enregistrements complètement fous, c'est encore John Surman qui me vrilla le cerveau avec des bruits et des cris un peu trop libres pour être honnêtes. Tales of the Algonquin ! La première fois, ça prend de court... Et on finit par y revenir doucement, le free-jazz, les grands orchestres, le grand barnum cosmique. Il y eut aussi un de mes premiers souvenir de jazz en live, à Paris, lors d'un festival à La Villette où aux côtés du pianiste John Taylor, et au grès des nombreux concerts simultanés, il avait joué devant une assistance toujours un peu plus famélique au fur et à mesure des minutes, à la plus grande stupéfaction du jeune fanatique que j'étais alors. Et même quand je commençais à me perdre dans les vinyls, il était là pour me montrer les passerelles entre jazz et rock, aux côtés de John McLaughlin sur Extrapolations entre autres.

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Sans que je le veuille vraiment, John Surman trainait toujours dans le coin. Alors, quand j'ai vu que son dernier disque, Saltash Bells en solo sortait chez ECM, (toujours enregistré à Oslo chez le canonique ingénieur Jan-Erik Kongshaug) je n'ai pas pu résister. Il y a encore et toujours des envolées profondes et des mélodies sombres et belles, évidentes et troublantes. La sonorité de sa clarinette basse m'émeut toujours autant, et si les nappes de synthés cheap ont laissé la place à des bidouillages électroniques un peu plus pointus, on retrouve le même mélange de tradition et de modernité, absolument naïf... Et en une seconde, j'ai fait un grand voyage dans mon passé. Si on veut rester honnête, on avouera que ce disque n'apporte rien de nouveau au glorieux passé du saxophoniste, mais ne serait-ce que pour ces quelques souvenirs d'amateur déjà presque blasé parfois aujourd'hui, qui remontent doucement la surface, je ne regrette rien.

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