Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/10/2015

Yaron Herman "Everyday", Ibrahim Maalouf - La malédiction du succès

1441038130_front.jpgA ses débuts, Yaron Herman jouait à merveille à la fois du piano, et de la discrétion. Sur la pochette de son premier album en trio (« A Time for Everything ») qui allait révéler au grand jour sa musicalité, il apparaissait presque de trois-quart dos, tout en apparente timidité. Quelle différence aujourd'hui avec « Everyday », sorti récemment chez Blue Note, où le pianiste a troqué son statut de jeune prodige pour celui de star assumée du jazz avec l'assurance et la confiance qui vont de pair.

Adieu, Yaron, l'ex-basketteur et ses potes mal coiffés qui l'accompagnaient alors avec insouciance et talent (ah, Toby Crane...), bonjour et respect à Herman / Birdman / Superman, stylisé en façade de son album, le regard décidé sur fond de lumières de la ville. Accompagné par le batteur Ziv Ravitz avec qui il s'accomplit en symbiose depuis quelques temps, le pianiste a de toute évidence laissé les hésitations au vestiaires lors de sa transformation en super-héros ; il fonce droit au but avec un son direct et efficace : Un enchainement de titres pensé comme un album de pop, pas de compositions à rallonge, douze plages, pour trois petits quarts d'heure de jazz envoyés par pneumatique directement dans le buffet. L'exercice est impressionnant et charrie avec lui des moments de pure extase (« Points of You »et « Everyday » où l'on retrouve avec bonheur ses triturations pianistiques qui vont bien au-delà du simple effet de manche), et aussi d'autres moins intenses, comme la jolie introduction « Fast Life » entre Keith Jarrett et Michael Nyman qui semble destinée principalement à séduire les auditeurs les moins habitués au genre ou l'étrange « Volcano » où Herman s'essaie au chant, sans doute en vue d'une prochaine évolution en rock-star planétaire.

Car voilà tout le malheur de Yaron Herman, catapulté jazzman de première ligne : En essayant légitimement d'élargir son public, il décevra presque automatiquement ceux qui avaient adoré jouer les Happy Few en découvrant son talent il y a quelques années. Il rejoint ainsi le trompettiste Ibrahim Maalouf dans les rangs de ceux qui arrêtent de plaire au milieu du jazz quand il commencent à trop sortir de l'anonymat. Pour ce dernier, qui a connu une ascension fulgurante en mettant à l'honneur une musique métissée dopée aux effluves de l'orient, le rejet d'une certaine frange de ses confrères tutoie les excès. En quelques mois, une apparition aux César et un disque avec Oxmo Puccino, Maalouf est parvenu à gonfler beaucoup de monde en soufflant dans sa trompette à quart de ton, récoltant notamment un tacle au niveau des rotules glissé à travers un hommage au regretté Eddy Louiss qui ne méritait sans doute pas cela.

Même si Yaron Herman cristallise moins les passions qu' Ibrahim Maalouf, il demeure important de réussir à dissocier la musique de l'artiste pour apprécier au mieux l'un et l'autre. Le talent du pianiste reste indéniable, profond, et le souvenir de ses performances scéniques éblouissantes suffit pour avoir confiance en l'avenir et en sa capacité à évoluer. Tant qu'il restera cet animal musical, penché sur son piano comme un grizzli, chuintant et se levant au rythme de l'instant, on pourra lui pardonner d'être un peu plus sous les feux de la rampe que ses collègues, et on pourra même lui pardonner d'aimer ça et d'en profiter, et vraiment en faisant un dernier effort, on arrivera même à lui pardonner d'avoir cité Jacques Attali dans ses remerciements au cœur du livret.

 

Les commentaires sont fermés.