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09/12/2015

Gerard Marais & Joseph Dejean "Duo" - La ligue des guitaristes extraordinairement méconnus

dm.jpgLa chine de disques a ceci de fascinant qu'elle vous permet d'accéder directement au travail de musiciens dont vous ignoriez tout, ou presque, un quart d'heure auparavant. Prenez Joseph Dejean: qui aujourd'hui se souvient de ce guitariste, pourtant lauréat du prix Django Reinhardt, et membre du Cohelmec Ensemble, orchestre ambitieux de musique improvisée du début des années 70 ? De même, qui, même parmi les plus mélomanes d'entre nous connait véritablement Gérard Marais, qui a également participé au sein du mythique Dharma Quintet à l'émancipation du jazz hexagonal ? Le temps oublie de trop nombreux talents qui ont souvent juste eu le tort de ne rien faire d'autre que l'excellente musique. A l'heure des grands classements, et de ceux qui se plaisent à réécrire en direct l'histoire de la musique, un peu de curiosité permet de redécouvrir avec une oreille neuve et attentive ces centaines de disques confidentiels.

Ces deux guitaristes ont ainsi enregistré en 1975, et peu de temps avant la disparition tragique de Joseph Dejean, un album ensemble. DUO à moitié réalisé en studio, où l'ambiance est feutrée, la musique plus écrite et la virtuosité maîtrisée comme avec le superbe Kimi Clio, et à moitié pris sur le vif en public, avec une ambiance plus incertaine, des distorsions malsaines, des mélodies noyées dans la masse. Inclassable, éparpillé, cet album vous pose devant les mêmes interrogations qu'il y a quarante ans. Il pousse des portes qui s'entrouvraient sur des univers fascinants qui auraient mérités d'être explorés plus avant.

Kimi Clio

Naturam 2

Improvisation, duel /duo tout en impressions et textures étranges

 

Et puis tout se termine, Marais et Dejean se taisent et vous laissent avec vos questions, avec ce disque, un peu génial, un peu bancal, un peu jazz et un peu rien qui se suffit néanmoins à lui-même. Et au terme de ce voyage, apparaissent en filigrane d'autres guitaristes atypiques qui n'auront qu'effleuré la reconnaissance de leur talent singulier comme Philippe Deschepper ou Raymond Boni, qui eux aussi seront de nouveau à l'honneur quand la saine curiosité du chercheur de sons se penchera sur leur musique.

Pour les curieux: Le site de Gérard Marais

03/12/2015

Alain Peters "Rest' la Maloya" - La Réunion de tous les talents.

Déco6a00d8341c737e53ef01b8d1199356970c.jpguvrir la musique d'Alain Peters reste un choc et un émerveillement similaire à celui que l'on peut ressentir en embrassant du regard l'île de la Réunion du haut du Piton des Neiges. Tout vous arrive d'un coup dans les neurones, on voudrait se pencher sur chaque détail mais la beauté absolue de l'ensemble empêche toute analyse pour laisser place à une admiration béate. Personnage atypique, qui comme tout artiste maudit qui se respecte passa une bonne partie de sa vie à la détruire méthodiquement, Peters reste, peut-être plus encore que Danyel Waro, l'âme musicale de son île vingt ans après sa disparition.

S'il a beaucoup joué à partir de la fin des années 70, touchant à la fois au jazz fusion tropicalisé comme au folklore le plus profond, il reste peu de témoignages de cette époque, quelques dizaines de morceaux, issus de cassettes audio, enregistrements quatre pistes artisanaux qui permettent néanmoins d'appréhender son instinct musical insensé. Son œuvre respire son île, on y retrouve du soleil, un peu de moiteur, pas mal de nonchalance aussi. Et de cette nonchalance bien aromatisée au rhum local, découlent naturellement des bijoux comme "La pêche Bernica", où l'histoire bien banale des jeunes désœuvrés qui laisse la messe aux curés pour aller draguer de la malbaraise au bord de l'eau. Pour qui ne parle pas le créole, la fascination est sans doute encore plus grande, car cette langue laisse passer l'essentiel aux oreilles francophones, et en quelques phrases et locutions attrapées au vol, permet à l'auditeur de toucher une ambiance dans son ensemble, sans se perdre dans ses détails.

 

Poète, musicien, et donc aussi malheureusement alcoolique, Alain Peters connaitra aussi l'hôpital psychiatrique, l'exil en métropole et l'oubli avant de revenir très furtivement sur le devant de la scène réunionnaise quelques mois avant sa mort. Les rares témoignages vidéo disponibles de lui concernent essentiellement cette dernière partie de sa vie, où ravagé par les excès, il ne livre qu'un pâle aperçu de son talent, un peu à l'image d'un Renaud errant depuis plusieurs années à la recherche de son passé. Cependant, les rares images de lui en pleine période créatrice créatrice témoignent d'une intense force musicale.

A travers un LP qui reprend quelques uns des titres les plus marquants de la carrière météoritique d'Alain Peters, nous avons de nouveau l'occasion (avec aussi le CD Paraboler sorti il y a plusieurs années) de se réapproprier un peu de ce génie méconnu. Pour tous les mélomanes qui l'ignoreraient encore c'est sans doute l'une des dernières occasions de s'offrir un authentique choc musical.

Enfin, il resterait à parler de la chanson-titre "Rest' là Maloya", joyau absolu de pureté et d'émotion. Là encore, comprendre la poésie créole n'est pas nécessaire pour la ressentir, et en être bouleversé, et même si Peters n'est pas Brassens ou Ferré, elle le place naturellement à leurs côtés au Panthéon de la chanson française.