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20/01/2016

Marion Brown "Afternoon of a Georgia Faun" Toute la douceur du free.

afternoon-original.jpgEn remontant aux origines du label allemand ECM, aujourd'hui connu pour son soucis de la qualité sonore et l'esthétique visuelle toute en sobriété de ses pochettes, on reste étonné de leur ligne éditoriale d'alors. Manfred Eicher, n'avait pas encore pris Keith Jarrett ou d'autres futurs piliers du label sous son aile, tout restait à inventer, et c'était la liberté et l'audace qui prenaient spontanément la parole. Ainsi, parmi les premiers à enregistrer, figurent déjà une grande partie de l'avant garde du jazz européen, mais aussi, de nombreux musiciens afro-américains qui disparaitront ensuite du paysage. Mal Waldron inaugure la collection, Robin Kenyatta et son sublime Girl from Martinique suivra bientôt, et entre temps Marion Brown, saxophoniste génial livre Afternoon of a Georgia Faun entouré d'un aréopage de musiciens hors-pair.

Sur deux longues plages, Brown et ses sbires tissent des ambiances étranges, mais d'une incroyable sérénité, prenant à contrepied les excès du jazz libre d'alors qui versait souvent dans un déluge de décibels qui permettait de couvrir parfois un manque d'inspiration. Ici, le silence compte autant que le bruit, la première face, qui se veut le reflet de la vie de la faune de Géorgie respire à pleins poumons. Oiseaux, insectes, feuillages bruissent en harmonie. Si la violence existe bel et bien, elle n'est que suggérée, et ne prend vraiment forme que lorsque que Chick Corea et son piano inquiétant prennent la parole. En avançant ainsi à découvert, Marion Brown, donne les clefs de sa musique à l'auditeur, libre à lui d'aller où bon lui semble. "Djinii's Corner", (joué plus que composé en hommage au fils du pianiste) se fait plus agressif, plus bruyant. Sensibles aux forces de l'improvisation collective, les musiciens décident d'échanger leurs instruments pendant le morceau, évoluant en dehors de leur zone de confort pour mieux se recentrer sur l'essentiel: le rythme, la mélodie et l'écoute mutuelle. Ce rapport très simple à la musique est d'ailleurs la vertu première de ce disque. Au recto de la pochette du vinyl originel, on peut d'ailleurs lire ces quelques mots de Marion Brown

Un autre aspect important de cet enregistrement est l'emploi d'assistants. En fait, les personnes que j'ai choisi pour m'assister ne sont pas des musiciens, mais des personnes qui ont le sens de la mélodie et du rythme. J'ai dans l'idée qu'il est possible aux non-musiciens de participer à une expérience musicale sans être techniquement opérationnel au sens théorique du terme. Dans le futur, j'ai l'intention de faire encore appel à des non-musiciens pour les mêmes raisons. Ça fonctionne. Essayez, à l'occasion.

Sur ce Afternoon_of_a_Georgia_Fawn.jpgmême disque, ces anonymes se mêlent d'ailleurs à ceux des instrumentistes accomplis que sont Anthony Braxton, Chick Corea, Andrew Cyrille, Bennie Maupin ou Jeanne Lee. En jetant un coup d’œil à la récente réédition, on peut constater que si les grands noms de l'improvisation sont bien là pour donner le ton de cette belle expérience collective, ceux des discrets n'apparaissent pas. Autres temps, autres mœurs... Voici donc l'occasion de citer à la postérité Larry Curtis, William Green, Jack Gregg, Billy Malone et Gaylon Palmoré, qui ont eux aussi participé à l'enregistrement de ce disque essentiel.

 

 Afternoon of a Georgia faun

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