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25/10/2010

Barney Wilen: Moshi / Paul Bowles: Un thé au Sahara. Dans les entrailles de l'Afriques

index.jpgLe terme de voyage perd a perdu beaucoup de sens ces derniers temps. Aujourd'hui, il suffit de quitter une semaine son pavillon pour s'entasser avec quatre cents se ses semblables à Djerba, et l'on peut se revendiquer grand voyageur. Et si au terme du séjour, vous avez poussé le vice jusqu'à marchander un tapis berbère ou cinquante grammes de ras el hanout dans le souk, vous pouvez légitimement revendiquer le statut d'aventurier.  Ni vu ni connu je t'embrouille: on croit voyager alors qu'on s'est seulement déplacé. Mais malheureusement, le voyage, le vrai demande un investissement réel et un peu plus de lacher-prise. Il faut être pret à affronter l'inconnu, pret à se perdre, à avoir peur, avoir la diarrhée et la nausée à la fois, et tout celà n'est pas à la portée de tous. Alors à défaut de pouvoir se permettre une telle liberté de nos jours, il est toujours possible de prendre exemple sur les grands anciens qui ont su au détour de leur existence vraiment partir.

Prenez Barney Wilen par exemple. Il était doué, il était saxophoniste et il avait joué avec Miles Davis sur la bande originale d'Ascenseur pour l'échafaud, entre autres. Il avait probablement mille raison raisonnables de rester faire de la musique en Europe ou aux Etats-Unis, mais à la fin des années 60, il prit le prétexte fallacieux de la réalisation d'un film documentaire sur un voyage de cinq semaines qui l'emmenerait en musique à Zanzibar pour partir à l'aventure avec quelques amis. Moshi est le disque lumineux et frénétique qui témoigne de ce périple, qui ne durera pas cinq semaines mais deux ans et n'emmenera personne à Zanzibar puisque les quelques fous qui iront au bout de leur chemin finiront la route à Dakar. Le détail des détours est livré au coeur du double album en un récit truculent, entre le généreux producteur qui attendit plusieurs mois pour couper les vivres, les personnes qui s'en vont et s'en viennent, les musiciens croisés sur la route, les heures de musique filmée ou enregistrée, les étapes de six mois dans le désert Algérien et tant d'autres choses croustillantes.

"Au bout de deux ans, trois d'entre nous sont arrivés à Dakar. On est rentré en Europe avec beaucoup de musique enregistrée, des instruments et Elvis Mammadou, un chien de brousse."

Fort de ces rencontres, de retour à Paris, Wilen enregistrera donc ce témoignage d'une expérience unique. Entre collectage, musique improvisée, musique ethnique et musique écrite, il réunira toutes ses influences, et deux ans de sa vie dans cette oeuvre majestueuse. World-Music au sens le plus noble du terme, Moshi est un album qui anticipe dans une quête d'universalisme musical les CoDoNa que Cherry, Walcott et Vasconcelos enregistreront quelques années plus tard.

Zombizar - dansant et joyeux
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14 Temps - Avec un duo Balafon/guitare de toute beauté, hypnotique, sublime.
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8518-medium.jpgCe gout de l'aventure, cette envie de partir m'a fait irrésistiblement penser au roman de Paul Bowles (un grand voyageur aussi qui s'établit définitivement à Tanger en 1947) Un Thé au Sahara. On y découvre une Américaine de bonne famille qui se retrouve envoutée par l'Afrique et les Africains et quitte tout pour se fier à son seul intinct et ses désirs inavouables. Elle aussi partira du Maroc pour échouer en Afrique noire, elle aussi se sera abandonnée à des personnes et un continent qu'elle ne connait que peu. Et si je devais relire ce livre, c'est avec Moshi en fond sonore que je le ferai.

 

14/06/2007

DJ Krush "Jaku" / Yumeno Kyusaku "Dogra Magra" L'hypnose sensuelle nipponne

965614245d3e28d7eb17b6ee469f94fc.jpgComment évoquer la zenitude à travers la musique électronique et l' abstract hip-hop ? Comment faire ressortir de ces machines et de ces inquiétants échantillonnages un semblant de spiritualité ? Pour certains, celà relève de l' imposssible, pour DJ Krush celà relève du quotidien. Bidouilleur surdoué et boulimique de travail, adulé dans le monde entier, il trône tout en haut du royaume des musiques électroniques avec à ses cotés DJ Shadow. Les boucles épileptiques, les samples en acier trempé ou les interventions au phrasé musculeux qu' il agglutine éveillent toujours comme par magie plus le recueillement et le calme que la violence.

Un sortilège sombre s' empare de l' auditeur et ne le lache plus.

DJ Krush - Jaku - Still Island (le shakuhachi, flute de bambou japonaise s' insinue dans cet univers électronique avec une élégance digne d' une geisha..)


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The beginning 


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ac66f50b0bc8e3846f5248350d014456.jpgA musique japonaise étrangement hypnotique, livre japonais génialement hypnotique. Indescriptible plutôt. Pavé de 1935 de plus de 500 pages, unique oeuvre de son auteur, Dogra Magra nous transporte dans un enchevêtrement d' intrigue insensé, dans l' esprit d' un prisonnier qui ne sait plus quelle heure il est ni qui il est vraiment. Une intrigue policière lie le tout avec maestria, on vogue, on se perd 20 fois, 30 fois, on croit saisir en vain ou l' on nous mêne avant de constater bien évidemment que ce n' est pas là on va qui importe mais bien le voyage qui y conduit.

 

26/05/2007

Tom Waits "Orphans" - Raymond Carver "Les vitamines du bonheur".... L' Amérique profonde gronde...

Lecture / Ecoute.. Lire en musique, impensable pour certains, indispensable pour d' autres dont je fais partie. On pourra dire que la musique empêche de se concentrer sur la lecture. Certes, mais il n' est pas interdit de s'interrompre quelques secondes pour mieux replonger ensuite dans les lignes. Soyons hédonistes, prenons notre temps, la musique comme la littérature ne sont pas des compéttions, ce sont des histoires d' atmosphères..

L' art subtil du lecteur ou de l' auditeur consiste donc à l' association d' ambiances entre ces deux univers pour n' en ressortir qu' encore plus comblé donc...

34108a651018e44b50774ec5e8610adc.jpgPour commencer, j' insiste sur deux figures d' une Amerique désabusée, une Amérique plutôt rurale, blanche mais qui fume, qui boit trop, qui se réveille avec la gueule de bois mais qui remet çà le soir même.  Bien qu' un peu rangé des voitures depuis quelques années, Tom Waits, troubadour magnifique à la voix d' outre-tombe s' impose. Son dernier triple (!!!) album Orphans: Brawlers, Bawlers and Bastards, catalogue magique de presque 60 morceaux qui vogue entre sérénades nostalgiques, banjos et violons un peu cajuns et hallucinations soniques plus abstraites est d' une richesse impressionnante. Avec un tel album, Tom Waits s' installe tout en haut, à ses cotés, pas grand monde: Neil Young, Leonard Cohen, Sprinsteen ou Dylan...

 

You can never hold back spring 

 
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 The long Way home

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Et que lire avec Tom Waits en fond sonore ?

 

903ecf6b4b93db6f9bfa51a8546527d2.jpg98d5727f3385dcc2ce431c5da5acdb57.jpgQuoi de mieux que son quasi-alter-ego Raymond Carver... Bon vieux fumeur qui s' en tira avc un cancer des poumons à cinquante ans et narrateur incroyable des petites histoires de l' Amérique dite profonde.. Un ex-amour qui vous prend en pitié, une rage de dents qui s' éternise, des représentants de commerce pathétiques, voici des échantillons de l' univers de Carver qui en quelques nouvelles m' a souvent ému plus que bien d' autres longues fresques romanesques qui font bien sur l' étagère...

Deux recueils "Les vitamines du bonheur" et "Tais-toi, je t' en prie"- un titre qui résumerait à lui seul ce génial narrateur du quotidien - Deux indispensables, le mieux est encore de ne pas choisir et de lire les deux.