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17/09/2015

J'ai écouté le dernier Cabrel à l'ancienne

photo_1425892303.jpgQuand le week-end dernier, ma chère et tendre m'a tendu le dernier CD de Francis Cabrel au rayon musique du Furet du Nord, alors que j'avais déjà les bras chargé de bouquins, j'ai du avoir du mal à réprimer un rictus. Ça se fait encore en 2015, d'acheter un disque de Cabrel en magasin ? J'avais l'impression d'être ma mère. Mais comme je n'avais pas d'autre argument à opposer, je l'ai mis sur le haut de la pile, et on l'a acheté, à l'ancienne.

Ensuite, pas de transfert direct sur le disque dur de l'ordinateur, sort réservé à tous les disques arrivant régulièrement par voie postale, mais à la place une bonne vieille écoute par ordre chronologique et en plein air, à l'ancienne. L'intro du premier morceau est un reboot de celle de "Encore et encore", Francis d'Astaffort est raccord, lui aussi nous la joue à l'ancienne.

"Le pays d'à côté" résonne étrangement dans les tripes étant donné l'actualité, et est magnifié par l'ambiance africaine des chœurs. Arrivé à "Azincourt", je me sens pris de court, c'est bon mais je ne sais pas encore vraiment pourquoi: Une seule solution, ne pas attendre la fin du CD pour la repasser, et en profiter pour prendre le petit livret et le feuilleter pour retrouver les paroles, à l'ancienne.

Azincourt

 

Ah Ah, c'est ce bon vieux Paganotti qui est à la basse ! Sa fille Himiko et Julia Sarr en choristes, Cabrel sait s'entourer, et il faut bien avouer que tout glisse et coulisse impeccablement. Même si je suis moins captivé, la qualité est au rendez-vous. Comme quoi, ça a encore du bon de travailler avec des vrais musiciens, à l'ancienne.

Au terme de cette découverte, il reste surtout cette impression, déjà éprouvée lors de la découverte du dernier disque de Dick Annegard, celle d'un vrai soucis de qualité sonore et de cohérence artistique qui se maintient, et ce en dépit des derniers morceaux plus faiblards à mon sens. Mais quel grand gouffre sépare ces disques de la majorité des production françaises actuelles (du moins celle qui sont parvenues jusqu'à moi) ! A se demander si certains n'auraient pas intérêt à prendre des petites notes et demander des conseils aux anciens, histoire de progresser un peu, grâce à un peu de compagnonnage  , à l'ancienne.

 

12/08/2012

Quelques jours avec Bill Bruford (et son autobiographie)

41lvEAZboML._SS500_.jpgIl est de coutume de lire pendant les vacances. Le temps et l'esprit supposés libres s'y prêtent tellement. Alors cette année, pour être certain de ne pas changer en éternels regrets mes bonnes intentions, je me suis promis en plus de lire, de donner un point de vue critique, avisé et tout en perspective (et modeste, evidemment). Me voici donc au pied du mur, avec d'un côté l'autobiographie de Bill Bruford, batteur émérite du rock progressif notamment, et de l'autre, quelques uns des nombreux disques auxquels il a participé (une centaine selon lui).

Imposante carrière, imposant bouquin qui détaille en 400 pages une vie entière d'un musicien qui n'aura jamais sacrifié sa famille sur l'autel de la gloire ni sacrifié son art (ou l'idée qu'il s'en fait) sur l'autel du succès.

Tel l'honnête citoyen britannique qu'il est, Bill Bruford fait toujours dans la mesure. Il faudra aller chercher dans les souvenirs d'un autre roi de la baguette les anecdotes de groupies enfièvrées ou de beuveries sans fin. A la place, on aura les coups de fil à sa femme restée dans la campagne embrumée et le douloureux souvenir pondéral d'un enregistrement dans le sud de la France coincé entre les multiples repas et les coutumes d'un pays décidément porté sur la bouffe. Exit donc, virées nocturnes, drogues et filles d'un soir, ici, on parle musique avant tout et sous toutes les coutures. Et grâce au regard lucide du batteur sur son temps et son oeuvre, un monde entier se révèle.

IMG_0166.JPGLa vie artistique de Bruford semble musicalement et chronologiquement coupée en deux. Avant et après le grand traumatisme d'un concert géant où l'on devait célébrer la renaissance de Yes, supergroupe progressif à géométrie variable. Englué dans les soucis d'égos et d'avocats encore plus que de musique, le malaise est palpable, mais il faut donner le change. Notre batteur, lui, doit en plus se débattre avec sa batterie électronique sensée le propulser vers des hauteurs insoupçonnables et qui le lachera 15 secondes avant son entrée en scène. La honte suprême ressentie à ce moment semble déterminante dans la suite de sa carrière: Plus jamais Bill Bruford ne laissera les compromis et l'appat du gain décider de son chemin de vie. Celui-ci se dirigera alors tout naturellement vers le jazz avant de prendre fin en 2009, au terme d'une carrière longue de quarante années ressemblant furieusement à celle d'un fonctionnaire zélé.

Mais plus encore que le regard lucide et parfois un brin désabusé que Bruford jette sur sa carrière et même sur ses propres qualités de batteur et de musicien dont il semble constamment douter, c'est quand il se permet de passer en effectif tous ceux qu'il a croisé qu'il devient vraiment passionnant: son pote Phil Collins dépassé par la gloire et les dollars, Chris Squire bassiste nonchalant et parfois désespérant et surtout l'inénarrable Robert Fripp avec qui il révolutionnera en deux fois trois disques le rock progressif. Tous sont décrit avec l'honnêteté d'un homme qui a pris le temps de faire la part des choses. Et c'est évidemment les liens et la vie au sein de King Crimson qui se démarquent: l'admiration sans faille pour le Musicien Robert Fripp (A bien lire, on jurerait qu'avec Bruford, il avait trouvé le batteur suffisamment doué et docile dont il avait besoin) mais aussi l'incompréhension humaine croissante envers l'Homme distant et paranoiaque, les envies de gloire de John Wetton (qui partit trouver celle-ci avec Asia) ou de reconnaissance d'Adrian Belew qui donna vie et chair aux compositions somptueuses mais arides du début des années 80, les coups de sang de Tony Levin, l'homme au Chapman Stick.

Autant de détails, d'histoires et de réflexions qui font vraiment le sel de cet ouvrage, centré avant tout sur la musique. On y trouvera surement l'une des réflexions les plus objectives sur le rock progressif, son essor et son inexorable déclin, mais aussi sur la vie éreintante de studio lors des enregistrement d'album ("Celà revenait à essayer de tirer du sang d'une laitue"), le monde de la musique passé et actuel et la révolution numérique. Le tout dans un style assez fluide, avec un réel sens de la narration, et donc du rythme. Bon batteur ne saurait mentir.

Et avec ça, on écoute quoi ?

Ce genre d'ouvrage représente une vraie aubaine pour se replonger dans un univers musical, et l'occasion aussi de se féliciter d'entretenir une discothèque assez complète pour y dénicher quelques bijoux, (et constater effaré que l'on ne retrouve plus le premier et superbe album de National Health). Honneur donc au Yes des débuts et à King Crimson (avec des morceaux moins immédiats mais qu'une écoute nouvelle a rendu inestimables)

Yes - Roundabout (Fragile - 1971).

King Crimson - One Red Nightmare (Red - 1974)

King Crimson - Neurotica (Beat - 1982)

04/08/2011

Michel Redolfi "Sonic Waters" Et si on essayait la véritable musique de plage ?

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Il y a le ciel, le soleil, et la mer...

Avec un peu de chance, voilà enfin l'été, la délivrance, l'apothéose de l'année, bonheur obligatoire, tenues légères, et sans aucun doute une musique adéquate pour accompagner le tout. Mais évidemment, reste à déterminer laquelle. Car entre les danses du soleil sponsorisées et les tubes electrofestifs estampillés french touch, le choix s'avère cornélien de médiocrité. En poussant un peu l'exigeance et la curiosité, les alternatives jouissives ne manquent évidemment pas. Un petit reggae (Groundation), de l'afrobeat saignant (Tony Allen) ou quelques détours en terre étrangères (Mamani Keita et son génial "Gagner l'argent français") feront très bien l'affaire...

Mais quitte à se lancer, pourquoi ne pas y aller à fond ? Sur la plage, il flotte une atmosphère sonore tellement étrange et singulière... Le soleil, le sable brulant, cette chaleur parfois suffocante qui vous  colle à la serviette, les yeux fermés, la peau ruisselante prete à se fendre sous tant de catégories d'UV cancerogènes différents...Tout s'emmêle, et dans ces instants le rythme de la vie s'efface derrière de douces variations d'un univers aux règles bien plus malléables. Ici les vagues, la brise, les cris des vendeurs de beignets harcelant les mères de familles balisent vaguement les limbes dans lesquelles on sombre avec délice.

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Michel Redolfi, musicien contemporain marseillais et longtemps émigré aux Etats-Unis a créé la musique idéale de ces instants, et même plus puisque ses oeuvres subaquatiques sont destinées à être écoutées (ou plutôt ressenties) sous l'eau. Disposifs étranges et intrigants et contraintes de compositions se lient pour offrir à quelques épisodiques chanceux des expériences uniques et déroutantes, probablement quelque part entre ambient et retour à la matrice universelle. Evidemment, on parle alors autant de sons que de musique et beaucoup n' entendront sans doute qu'un doux chaos insensé. Mais le compositeur, grace à cette démarche radicale nous amène vers une autre perception des choses avec un talent indéniable. Seul, sur la plage, ou ailleurs, on ressent la puissance de ces élements qui nous surpassent. On prend un livre ou on somnole et on se laisse envahir. Le mois de juillet était pourri ? Pas de problèmes, voici aout, ses plages et Redolfi...

A titre indicatif, un extrait du bien nommé Sunny Afternoon at Bird Rock Beach, issu de Sonic Waters (1982)


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Et surtout un lien passionant vers le travail du sieur:

http://www.youtube.com/user/michelredolfi

23/07/2011

Davy Graham "Midnight Man" Aux origines était le folk.

images.jpgOn découvre tous les jours. Y compris des artistes essentiels qui ont défini la musique d'aujourd'hui comme Davy Graham. En ce qui me concerne, c'est au hasard de mes périgrinations vinylistiques que je l'ai croisé et vite adopté. En quelques albums, le guitariste aux origines maternelles ensoleillées révolutionne le jeu de l'instrument. D'abord par la généralisation de l'accordage DADGAD qui lui permet de jouer tout en fluidité et en résonnances (pour les novices il s'agit d'accorder sa guitare différemment du classique Mi-La-Ré-Sol-Si-Mi pour passer à Ré-La-Ré-Sol-La-Ré), puis par sa maitrise du jeu en picking, des rythmes, et surtout par sa capacité à absorber toutes les musiques pour les jouer à sa sauce si particulière.

Midnight Man, disque sublime de 1966 qui succéde au non moins essentiel Folk, Blues and Beyond témoigne ainsi du génie de ce musicien caméléon, qui en jouant aussi bien des classiques du blues, du Lalo Schifrin ou des compositions originales ramène toutes ces influences à lui. Jimmy Page, Paul Simon ou Bert Jansch le citent en exemple, mais la renommée de Davy Graham ne dépasse que peu le milieu des initiés. Essayons donc de combattre cette cruelle injustice.

Hummingbird

La légéreté de la bossa pour cette composition lumineuse de Graham
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Watermelon Man ou Herbie Hancock qui se retrouve tout nu en cordes.
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The Fakir Schifrin sublimé, et mention spéciale à la section rythmique qui assure !


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24/11/2010

Jean-Philippe Viret ou Sun Ra, le jazz qui pulse.

 

sunra.jpgSun Ra reste sans aucun doute à la fois l'un des jazzmen les plus influents et les plus prolixes mais surtout sans contestation possible, le plus barré d'entre tous. Entre ses délires mégalomaniaques auxquels je ne sais toujours pas s'il croyait vraiment et ses accoutrements de scène, entre papier aluminium et couverture de survie à rendre jaloux Paco Rabanne, le monsieur se posait là en terme de personnage atypique. Pourtant, bien au-delà de tout ce folklore et de cette mythologie qu'il engendra lui-même, Sun Ra reste avant tout un fabuleux musicien. A la fois improvisateur et compositeur, complètement visionnaire dans l'utilisation des sons synthétiques, il fut ausssi un meneur d'homme qui su garder (à la l'image de Duke Ellington) au sein de son Arkestra, une troupe de musiciens exceptionnels tels que le saxophoniste John Gilmore. Inutile de dire que je l'admire, de manière plutôt instinctive d'ailleurs car je suis bien incapable de digérer son oeuvre pharaonique, et que sa façon de vivre sa musique en toute folie me fascine complètement.

mel666009.jpg

Le moins que l'on puisse dire c'est que la filiation entre Sun Ra et Jean-Philippe Viret ne s'impose pas d'elle-même. D'ailleurs ce dernier ne prétend ni être né sur Saturne ni redéfinir le cosmos avec une musique interstellaire. De fait, il cultive plutôt son art de la contrebasse en toute modestie au sein d'une scène française qui regorge d'artistes de talents. Et son dernier album en trio Pour, où il expose toujours un sublime art cinématographique de la mélodie, s'avère vraiment excellent (et tout le monde devrait sans doute déjà l'avoir acheté).

En fait, il s'avère que depuis quelques semaines, je suis complètement accroc au morceau "La Barge Rousse" issue de Pour. Toute en bois et en rythme cette composition m'enchante un peu plus à chaque écoute. Edouard Ferlet y cherche quelques sonorités aigues et délicieuses au coeur de son piano, mais surtout, il y a cette pulsation, cette délicieuse ondulation monotone qui nous transporte vraiment sur cette embarcation imaginaire, déambulant au gré du fleuve.

La barge rousse
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Et c'est en découvrant par hasard "New Day" de Sun Ra au coeur d'un vinyl dégôté en vide-grenier que la même douce fascination m'a envahi. Ici aussi, c'est le rythme qui dicte sa loi au morceau avec des percussions et une ligne de basse hypnotique. Et si avec le trio français, on dérive tranquillou sur la Marne, avec l'Arkestra, on navigue en pleine mer, il y a du vent, le chant des sirènes et c'est tout aussi charmant.

New Day (en m'excusant pour la qualité du son)
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Enfin, tout ça pour dire que quand j'écoute, deux morceaux de la même façon, je m'en obliger d'en parler ici.