Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/09/2015

Walabix, Shapin' with MDQ : Un Trico pour l'automne !

 

02logo.jpgToutes proportions gardées, l'émergence du Tricollectif, entité mouvante et innovante de musique (plus ou moins) improvisée française, me rappelle l'aventure du regretté label Chief Inspector, qui nous avait gavé de disques passionnants il y a une dizaine d'années. Autour d'un noyau dur de musiciens zélés se démultipliant au fil des projets (avec notamment les ubiquitaires Valentin et Théo Ceccaldi), plusieurs idées germent, se développent pour aboutir à une production suffisamment variée et de qualité pour que j'ai un peu tendance à tout acheter à l'aveugle (ou bien dans ce cas précis, à la sourde). Ayant choisi de dépasser le modèle agonisant du label a proprement parler, ces intrépides nous offrent surtout une autre idée de la musique. Ils ont acté l'impossibilité d'en vivre et même de la vivre comme au siècle dernier et jouent donc sur la jeunesse, l'inspiration et à l'occasion aussi la participation de glorieux collaborateurs, comme Samuel Blaser. Mais avant tout, ils jouent sur leur enthousiasme et leur envie de partager leur musique comme lors des soirées Tricot qui vont dans l'esprit bien au-delà de simples concerts (je ne désespère pas d'y participer un jour ^^)

 

300x_walabix.jpgDeux disques m'ont particulièrement séduit parmi la quinzaine d'enregistrements disponibles. Tout d'abord Nus de Walabix. Résolument axée sur les mélodies, la musique du quatuor, tout en souffles doux que la contrebasse et la batterie viennent parfois bousculer, zieute parfois vers l'orient, et surtout, sait vous apaiser, même quand elle devient plus exubérante.

 Tourne tout droit
podcast

300x_MILESDAVIS.jpgMais, si vous préférez attaquer par la face Nord, foncez droit sur Shapin' With MilesDavisQuintet. Deux longs morceaux qui ne rappellent en rien la musique de l'illustre trompettiste, mais qui vous submergent par leur densité vous attendent. Les vibrations telluriques dont cette musique regorge vous renvoient à vous même, vous engloutissent et vous entraînent doucement par le fond, dans une torpeur qui sera délicieuse, si vous savez vous y abandonner sans retenue.

 

 

Tout est ici : Le tricollectif

17/09/2015

J'ai écouté le dernier Cabrel à l'ancienne

photo_1425892303.jpgQuand le week-end dernier, ma chère et tendre m'a tendu le dernier CD de Francis Cabrel au rayon musique du Furet du Nord, alors que j'avais déjà les bras chargé de bouquins, j'ai du avoir du mal à réprimer un rictus. Ça se fait encore en 2015, d'acheter un disque de Cabrel en magasin ? J'avais l'impression d'être ma mère. Mais comme je n'avais pas d'autre argument à opposer, je l'ai mis sur le haut de la pile, et on l'a acheté, à l'ancienne.

Ensuite, pas de transfert direct sur le disque dur de l'ordinateur, sort réservé à tous les disques arrivant régulièrement par voie postale, mais à la place une bonne vieille écoute par ordre chronologique et en plein air, à l'ancienne. L'intro du premier morceau est un reboot de celle de "Encore et encore", Francis d'Astaffort est raccord, lui aussi nous la joue à l'ancienne.

"Le pays d'à côté" résonne étrangement dans les tripes étant donné l'actualité, et est magnifié par l'ambiance africaine des chœurs. Arrivé à "Azincourt", je me sens pris de court, c'est bon mais je ne sais pas encore vraiment pourquoi: Une seule solution, ne pas attendre la fin du CD pour la repasser, et en profiter pour prendre le petit livret et le feuilleter pour retrouver les paroles, à l'ancienne.

Azincourt

 

Ah Ah, c'est ce bon vieux Paganotti qui est à la basse ! Sa fille Himiko et Julia Sarr en choristes, Cabrel sait s'entourer, et il faut bien avouer que tout glisse et coulisse impeccablement. Même si je suis moins captivé, la qualité est au rendez-vous. Comme quoi, ça a encore du bon de travailler avec des vrais musiciens, à l'ancienne.

Au terme de cette découverte, il reste surtout cette impression, déjà éprouvée lors de la découverte du dernier disque de Dick Annegard, celle d'un vrai soucis de qualité sonore et de cohérence artistique qui se maintient, et ce en dépit des derniers morceaux plus faiblards à mon sens. Mais quel grand gouffre sépare ces disques de la majorité des production françaises actuelles (du moins celle qui sont parvenues jusqu'à moi) ! A se demander si certains n'auraient pas intérêt à prendre des petites notes et demander des conseils aux anciens, histoire de progresser un peu, grâce à un peu de compagnonnage  , à l'ancienne.

 

12/09/2012

John Surman - un son, un souffle, une vie (et un disque)

Dans la John+Surman+Surman02.jpgsérie "Madeleine de Proust", la sortie du dernier disque du saxophoniste et clarinettiste britannique John Surman se pose là. En premier lieu parce que ce disque rappelle furieusement les chefs d'oeuvre crépusculaires mi ambient mi synthétiques que le musicien avait sorti il y a plus de trente ans, et aussi plus personnellement parce qu'il me ramène vers une de mes premières idoles. Sorti de l'adolescence, pas encore vraiment pubère, pas vraiment sûr de moi, ce bon vieux John et sa gueule improbable de chaudronnier aux trois-huit a toujours été présent au cours de mon petit cheminement musical.

Je me souviens de Thimar avec Dave Holland et Anouar Brahem qui m'avait ouvert les oreilles à lui. Quelques mois plus tard, je planais donc encore avec lui en découvrant son souffle profond qui sublimait les mélodies limpides, teintées de folklore et habillées de synthétiseurs complètement kitsch mais absolument indispensable: Private City, Road to Saint Yves ou son inénarrable duo avec Jack Dejohnette sur The Amazing Adventures of Simon Simon... Y'a pas à dire, c'était de la bonne. De celle qui va bien avec les nuits étudiantes à rallonge, les discussions sans fins, avec cendriers pleins et bières vides (et bien souvent, bières vides transformées en cendriers).

 

Et quand, plein d'espoir et tout innocent, je me lançais au hasard dans ses premiers enregistrements complètement fous, c'est encore John Surman qui me vrilla le cerveau avec des bruits et des cris un peu trop libres pour être honnêtes. Tales of the Algonquin ! La première fois, ça prend de court... Et on finit par y revenir doucement, le free-jazz, les grands orchestres, le grand barnum cosmique. Il y eut aussi un de mes premiers souvenir de jazz en live, à Paris, lors d'un festival à La Villette où aux côtés du pianiste John Taylor, et au grès des nombreux concerts simultanés, il avait joué devant une assistance toujours un peu plus famélique au fur et à mesure des minutes, à la plus grande stupéfaction du jeune fanatique que j'étais alors. Et même quand je commençais à me perdre dans les vinyls, il était là pour me montrer les passerelles entre jazz et rock, aux côtés de John McLaughlin sur Extrapolations entre autres.

7378560892_b8690da507.jpg

Sans que je le veuille vraiment, John Surman trainait toujours dans le coin. Alors, quand j'ai vu que son dernier disque, Saltash Bells en solo sortait chez ECM, (toujours enregistré à Oslo chez le canonique ingénieur Jan-Erik Kongshaug) je n'ai pas pu résister. Il y a encore et toujours des envolées profondes et des mélodies sombres et belles, évidentes et troublantes. La sonorité de sa clarinette basse m'émeut toujours autant, et si les nappes de synthés cheap ont laissé la place à des bidouillages électroniques un peu plus pointus, on retrouve le même mélange de tradition et de modernité, absolument naïf... Et en une seconde, j'ai fait un grand voyage dans mon passé. Si on veut rester honnête, on avouera que ce disque n'apporte rien de nouveau au glorieux passé du saxophoniste, mais ne serait-ce que pour ces quelques souvenirs d'amateur déjà presque blasé parfois aujourd'hui, qui remontent doucement la surface, je ne regrette rien.

06/09/2011

"La guerre est déclarée" Une bande originale encore meilleure que le film

la_guerre_est_declaree,0.jpgDepuis une semaine, difficile d'ignorer la sortie du film de Valérie Donzelli "La guerre est déclarée" qui retrace le parcours d'un jeune couple face à la maladie de leur fils. En déambulant en petits détails, moments furtifs (une soirée arrosée chez des amis qui vire à la salade de langue, une balade sur la plage, une entrevue rapide avec un ponte chirurgien qui conseille de "ne pas compter les oeufs dans le cul de la poule" avant l'intervention...), on se retrouve au coeur de cette vie intime où malgré le malheur, on rit, on boit, on s'engueule.

Et si l'éblouissement n'est pas aussi absolu que le laissaient envisager les louanges tissées par milliers récemment, la merveille de bande originale concoctée par Jérémy Elkaïm donne à l'ensemble une plus-value singulière. Ce dernier, séparé de la réalisatrice tient son propre rôle de musicien un peu bohême qui se bat comme il peut face au destin. Et si sa prestation de comédien laisse beaucoup à désirer (au point que certains se demandent si ce n'est pas voulu), la pertinence de ses choix musicaux laisse quant à elle pantois d'admiration.

Quand certains auraient donné dans le patos avec cordes à outrances et thèmes redondants, Elkaïm mélange les airs les plus entendus (L'Hiver de Vivaldi et sa tempête de violon rythmant le déluge de l'annonce dramatique qui se répand par téléphone interposé, la Badinerie de Bach ou Manha de Carnaval, pour toujours l'une des plus belles mélodies jamais composée) aux pépites de cratedigger élitiste des beaux quartier. Ca commence avec Le post-punk de Frustration pour les post adolescents attardés en sortie (si immédiat qu'on croit l'avoir toujours connu), puis Yuksek et son électro déjantée et violente qui se heurte aux murs de la salle de scanner évidemment interdite à la mère de l'enfant, pour finir dans l'espace avec O Superman de Laurie Anderson qui accompagne ces héros décidemment humains. Ajoutez à celà, Jacqueline Taieb et les 5 Gentlemen, échappés des années de folie du beat à la française et le bonheur se révèle complet.

Acteur inégal, Elkaïm aura eu le privilège dont tous les mélomanes rêvent un jour, celui de pouvoir chercher avec passion et curiosité le petit plus qui rend un bon film excellent. Et son ex-compagne (Je ne peux plus dire je t'aime d'Higelin tout sauf un hasard...) lui a sans aucun doute offert un ultime et magnifique cadeau.

21/01/2011

Au concert de 'Godspeed You! Black Emperor', Bougez avec le Post !

Godspeed-F-A-Infinity-300x300.jpg"Culte, culte, culte. On veut du culte !"

Voilà approximativement comment on pourrait résumer l'état d'esprit de la foule réunie vendredi 14 janvier à la grande Halle de la Villette pour assister au retour du groupe phare d'un mouvement musical obscur. Les Canadiens de Godspeed You! Black Emperor (GY!BE pour les intimes, attention à bien placer le point d'exclamation à l'endroit idoine) sont en effet les pionniers (parmi d'autres) du post-rock, appellation batarde d'un style musical non moins confus, mais globalement placé sous le signe de morceaux longs, de grandes montées en puissance mystiques et d'instants passés allongé sur le canapé, le casque aux oreilles et le son à fond pour bien gouter l'expérience présente.

En quatre albums (entre 1997 et 2002), globalement tous basés sur le même concept et la même ferveur, le groupe de Montréal a réussi à se former une réelle identité, un peu rock, un peu engagée, un peu communautaire. Tenant un peu de la célébration païenne, leurs concerts sont de véritables moments de partage avec le public, qui pour apprécier au mieux ces instants, devra débrancher son cerveau pour laisser ses tripes prendre le pouvoir. Alors quand le groupe se reforme, la nouvelle se répand vite. Voire Godspeed You! Black Emperor et mourir ou presque. L'attente a créé le désir et la grande halle se retrouve bondée de trentenaire pas vraiment rebelles.

Un homme, perdu dans ses bandes Super 8 au milieu de la salle, se bat avec d'antiques machines pour faire défiler en fond de scène des images illustrant les cavalcades des huit musiciens. Incendies, explosions nucléaires, documents divers se multiplient pour accompagner la lente et inexorable progression qui transforme en quinze minutes une rengaine simplissime au violon en démonstration de force rythmique et sonore. L'importance de l'effectif du groupe permet d'amplifier sans cesse la puissance sous-jacente contenue dans ces quelques intervalles répétés à l'infini. La mystification est complète, même si le tour de magie reste le même et se répète pendant plus de deux heures (on fera abstraction de l'introduction déroutante, quinze minutes de larsens en superpositions entre Xenakis, Merzbow et n'importe quoi mais en pas terrible si on ne ferme pas les yeux). Au bout de trente minutes, c'est fascinant. Au bout d'une heure, c'est génial. Au bout d'une heure trente, c'est un retour accompli. Au bout de deux heures, les mecs qui te poussent les bras chargés de binouzes ou les couples jouant la faufilade en se tenant pas la main commencent à te gonfler, surtout que ton dos accuse 30 ans passés et que tu es planté sur place depuis quelques heures. Au bout de deux heures trente, on remercie l'éclairagiste de nous épargner un rappel qui n'aurait rien apporté à la prestation de la formation. Allez, c'est fini, tout le monde rentre au bercail.

En fait, le plus étrange reste le fait que huit ans après son retrait de la scène, aucun groupe n'avait vraiment réussi à occuper la place laissée vide par Godspeed You! Black Emperor. Sans doute parce que leur musique, à défaut d'être révolutionnaire ou ambitieuse, est incroyablement honnête et basée sur une vraie histoire entre leurs membres. Plus qu'une histoire de technique ou de virtuosité, c'est avec leur humanité que les Québecois tissent un vrai lien entre eux et avec leur public. Et rien que pour cette approche singulière de la musique, il fallait assister à ce concert.

The Dead Flag Blues (histoire de se faire une idée)
podcast