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05/11/2015

Colin Stetson & Sarah Neufeld "Never Were the Way She Was" ou le chant des profondeurs

CST113cover_1400px.jpgEn 1976, Jan Garbarek a enregistré Dis accompagné à la harpe éolienne. Au gré de ses pérégrinations sur la côte norvégienne, il avait pu composer, improviser et jouer avec ces sons sans commencement ni fin nés des caprices du vent, tentant ce capter et d'apprivoiser les forces supérieures des éléments. Si le saxophoniste nordique n'avait alors pas renoncé à son lyrisme habituel, il démontrait déjà toute la fascination que peuvent exercer les grondements sourds et fluctuants de la nature sur ceux qui savent les écouter.

En adaptant au saxophone la respiration circulaire qui lui permet de jouer sans interruption et en exploitant la moindre possibilité musicale de l'instrument, Colin Stetson, parvient à s'affranchir de ces dernières contraintes. De fait, il transforme sa pratique au point de laisser l'impression qu'il joue autre chose, autrement. Les virtuoses multiplient les notes, s'engouffrent dans des montées en apnée, s'épuisent à la recherche de l'extase. Coltrane, Parker ou Ayler piquaient du nez, se cassaient les reins ou donnaient leurs barbiches à voir aux anges ; Stetson, lui, se contente de tanguer au rythme d'une douce marée. Pourtant, l'effort n'en est pas moins violent, harnaché de toutes part, bardé de micros (dont un au creux de son cou, amplifiant un chant archaïque au plus près des cordes vocales), il se mue en homme orchestre avec son seul saxophone. L'exercice est impressionnant, et le mieux reste encore de se le laisser expliquer par l’intéressé.

 

 

Perdue quelque part entre l'ancestral didgeridoo, le chant diphonique et les répétitions expérimentales, cette musique, indissociable de celui qui la porte représente quelque chose de fondamentalement neuf dans le paysage sonore. Même si un homme seul avec un saxophone, sera instantanément classé dans la catégorie Jazz, Colin Stetson joue donc bien plus que cela. Sa musique est celle des éléments, du vent et de la terre, et il faut la recevoir comme telle, au risque de se laisser emporter

060842-003_1822157_32_202.jpgDernièrement, Colin Stetson s'est associée avec la violoniste Sarah Neufeld qui s'était alors surtout illustrée au sein d'Arcade Fire. Son jeu est plus classique, mais en insistant sur quelques notes, les répétant jusqu'à annihiler l'idée de mélodie (mis à part quand elle chante parfois), la Canadienne aborde la musique sous le même angle que le saxophoniste, et si son jeu évoque plus la forêt et la faune que les grandes ruptures telluriques, il se lie à merveille à celui de Stetson. Pour avoir eu la chance de les voir en concert, et pouvoir en plus éprouver leur disponibilité, je ne peux que vous conseiller d'aller à leur rencontre, directement ou non.

Won't Be a Thing to Become

 

14/10/2015

Yaron Herman "Everyday", Ibrahim Maalouf - La malédiction du succès

1441038130_front.jpgA ses débuts, Yaron Herman jouait à merveille à la fois du piano, et de la discrétion. Sur la pochette de son premier album en trio (« A Time for Everything ») qui allait révéler au grand jour sa musicalité, il apparaissait presque de trois-quart dos, tout en apparente timidité. Quelle différence aujourd'hui avec « Everyday », sorti récemment chez Blue Note, où le pianiste a troqué son statut de jeune prodige pour celui de star assumée du jazz avec l'assurance et la confiance qui vont de pair.

Adieu, Yaron, l'ex-basketteur et ses potes mal coiffés qui l'accompagnaient alors avec insouciance et talent (ah, Toby Crane...), bonjour et respect à Herman / Birdman / Superman, stylisé en façade de son album, le regard décidé sur fond de lumières de la ville. Accompagné par le batteur Ziv Ravitz avec qui il s'accomplit en symbiose depuis quelques temps, le pianiste a de toute évidence laissé les hésitations au vestiaires lors de sa transformation en super-héros ; il fonce droit au but avec un son direct et efficace : Un enchainement de titres pensé comme un album de pop, pas de compositions à rallonge, douze plages, pour trois petits quarts d'heure de jazz envoyés par pneumatique directement dans le buffet. L'exercice est impressionnant et charrie avec lui des moments de pure extase (« Points of You »et « Everyday » où l'on retrouve avec bonheur ses triturations pianistiques qui vont bien au-delà du simple effet de manche), et aussi d'autres moins intenses, comme la jolie introduction « Fast Life » entre Keith Jarrett et Michael Nyman qui semble destinée principalement à séduire les auditeurs les moins habitués au genre ou l'étrange « Volcano » où Herman s'essaie au chant, sans doute en vue d'une prochaine évolution en rock-star planétaire.

Car voilà tout le malheur de Yaron Herman, catapulté jazzman de première ligne : En essayant légitimement d'élargir son public, il décevra presque automatiquement ceux qui avaient adoré jouer les Happy Few en découvrant son talent il y a quelques années. Il rejoint ainsi le trompettiste Ibrahim Maalouf dans les rangs de ceux qui arrêtent de plaire au milieu du jazz quand il commencent à trop sortir de l'anonymat. Pour ce dernier, qui a connu une ascension fulgurante en mettant à l'honneur une musique métissée dopée aux effluves de l'orient, le rejet d'une certaine frange de ses confrères tutoie les excès. En quelques mois, une apparition aux César et un disque avec Oxmo Puccino, Maalouf est parvenu à gonfler beaucoup de monde en soufflant dans sa trompette à quart de ton, récoltant notamment un tacle au niveau des rotules glissé à travers un hommage au regretté Eddy Louiss qui ne méritait sans doute pas cela.

Même si Yaron Herman cristallise moins les passions qu' Ibrahim Maalouf, il demeure important de réussir à dissocier la musique de l'artiste pour apprécier au mieux l'un et l'autre. Le talent du pianiste reste indéniable, profond, et le souvenir de ses performances scéniques éblouissantes suffit pour avoir confiance en l'avenir et en sa capacité à évoluer. Tant qu'il restera cet animal musical, penché sur son piano comme un grizzli, chuintant et se levant au rythme de l'instant, on pourra lui pardonner d'être un peu plus sous les feux de la rampe que ses collègues, et on pourra même lui pardonner d'aimer ça et d'en profiter, et vraiment en faisant un dernier effort, on arrivera même à lui pardonner d'avoir cité Jacques Attali dans ses remerciements au cœur du livret.

 

27/09/2015

Walabix, Shapin' with MDQ : Un Trico pour l'automne !

 

02logo.jpgToutes proportions gardées, l'émergence du Tricollectif, entité mouvante et innovante de musique (plus ou moins) improvisée française, me rappelle l'aventure du regretté label Chief Inspector, qui nous avait gavé de disques passionnants il y a une dizaine d'années. Autour d'un noyau dur de musiciens zélés se démultipliant au fil des projets (avec notamment les ubiquitaires Valentin et Théo Ceccaldi), plusieurs idées germent, se développent pour aboutir à une production suffisamment variée et de qualité pour que j'ai un peu tendance à tout acheter à l'aveugle (ou bien dans ce cas précis, à la sourde). Ayant choisi de dépasser le modèle agonisant du label a proprement parler, ces intrépides nous offrent surtout une autre idée de la musique. Ils ont acté l'impossibilité d'en vivre et même de la vivre comme au siècle dernier et jouent donc sur la jeunesse, l'inspiration et à l'occasion aussi la participation de glorieux collaborateurs, comme Samuel Blaser. Mais avant tout, ils jouent sur leur enthousiasme et leur envie de partager leur musique comme lors des soirées Tricot qui vont dans l'esprit bien au-delà de simples concerts (je ne désespère pas d'y participer un jour ^^)

 

300x_walabix.jpgDeux disques m'ont particulièrement séduit parmi la quinzaine d'enregistrements disponibles. Tout d'abord Nus de Walabix. Résolument axée sur les mélodies, la musique du quatuor, tout en souffles doux que la contrebasse et la batterie viennent parfois bousculer, zieute parfois vers l'orient, et surtout, sait vous apaiser, même quand elle devient plus exubérante.

 Tourne tout droit
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300x_MILESDAVIS.jpgMais, si vous préférez attaquer par la face Nord, foncez droit sur Shapin' With MilesDavisQuintet. Deux longs morceaux qui ne rappellent en rien la musique de l'illustre trompettiste, mais qui vous submergent par leur densité vous attendent. Les vibrations telluriques dont cette musique regorge vous renvoient à vous même, vous engloutissent et vous entraînent doucement par le fond, dans une torpeur qui sera délicieuse, si vous savez vous y abandonner sans retenue.

 

 

Tout est ici : Le tricollectif

23/05/2012

Björkenheim, Laswell, Agren "BLIXT" - Power Brio.

blixt.jpegFaire du neuf avec du vieux, grâce à une formule épouvée mais toujours actuelle (guitare, basse, batterie), et aussi dans le cas présent, faire du neuf avec des vieux (le look des barbus joufflus à chapka Bjorkenheim et Laswell mérite le coup d'oeil), voici le résumé de Blixt, joyau gras et sombre sorti chez Cuneiform Records.

Bill Laswell, le bassiste baroudeur au groove agressif connait bien ces trios déjantés. Déjà au sein de Massacre avec Fred Frith à la guitare, il avait expérimenté les élucubrations osées, le RIO, le free-rock déglingué. Similaire dans la forme, le groupe de Raoul (!!) Bjorkenheim ne garde cependant que le gout du risque et du gros son. Beaucoup plus orientée vers le metal et ses riffs brutaux, cette rencontre tire sa force par son aspect charpenté, gras et épais. Et au final cet album, fruit du travail de trois musiciens adeptes du metissage et de l'écoute mutuelle tient autant de la jam session dopée aux amphétamines que de l'exercice d'improvisation et se révèle un formidable exemple d'équilibre musical.

08/01/2011

Claudia Solal, Maria Laura Baccarini.... Des voix à suivre

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Elles sont française et italienne, chantent en anglais et rappellent par leurs inflexions Björk ou Sinead O'Connor. Il parait qu'elles joueraient du jaaaaaazz, même si en écoutant leurs derniers albums, on se demande bien pourquoi on les enfermeraient dans un tel carcan réducteur, aussi beau soit-il. Certes, la première, Claudia Solal est la fille de son père Martial, l'un des plus grand pianistes vivants du genre et la seconde Maria Laura Baccarini a enregistré sous la houlette du violoniste Regis Huby et de sa clique bien rompue au genre. Mais ces deux albums embrassent la musique dans son ensemble.

Par sa fantaisie et sa distinction toute anglaise, Claudia Solal envoute, livre des comptines hallucinogènes, et donne l'mpression de se perdre sur les traces d'Alice aux Pays des Merveilles avec les petits arrangements électroniques de Benjamin Moussay pour enluminer le tout.

Salomé (extrait de Room Service)
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Sur All Around, l'aspect un peu psychédélique s'estompe derrière les arrangements de cordes, une intervention lumineuse de guitare par-ci par-là, et surtout la qualité des compositions de Régis Huby qui, entre l'opéra et la musique de chambre parvient à mettre en valeur la voix de Maria Laura Baccarini de façon quasi-miraculeuse.

As It Goes
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Des vrais bijoux, ca vous passerait presque l'envie d'écouter ZAZ