02.03.2008
"Hasta Siempre" de la chanson à l'abstraction
Les reprises, voici un thème porteur. Les reprises attisent la curiosité, déclenchent la haine des puristes et l'émerveillement des plus naifs, comme moi qui a découvert il y a très peu de temps que l'immortelle chanson de Chimène Badi "Je viens du Sud" est en fait à l'origine de Michel Sardou ! Imaginez mon désarroi... Point non négligeable, la reprise permet à Beatrice Ardisson de fourguer des albums aux bobos en passant pour une la reine des compilationnistes. N'oubliez donc pas vos petits disques estampillés "Paris Dernière", merci pour elle.
Parfois, l'artiste lutte avec l'original, le maltraite, cherche à en extraire son propre message. Cette éventualité est rare. La plupart du temps, le copieur cherche avant tout à surprendre, à déclencher la surprise de l'auditeur. Les innombrables reprises punk de bleuettes insignifiantes, ou à l'opposé les relectures classiques de morceaux énervés (comme le très émétisant "Smell like Teen Spirit" de Paul Anka(ca) ) s'imposent donc. Béatrice est contente, çà fait un morceau de plus pour sa compile.
Ici, il sera question du thème mythique "Hasta Siempre" en hommage à Che Guevarra. Je confesse que j' ai longtemps hésité à fournir ici la mémorable interpétation chevaline de Nathalie Cardone...
Voilà, le décor est posé. Si vous voulez commencer le voyage, et si vous ne connaissez pas la version de Robert Wyatt extraite de son dernier album Comicopera, j'ose vous indiquer un petit lien sympa:
Du lyrisme, de la légèreté, les deux barbus s'amusent ensemble, et on approuve !
Mais, en brutalisant encore plus la mélodie relativement inoubliable de l'original, certains jazzmen s'amusent aussi beaucoup, dans un style différent. Sur "Witchi Tai-to" au début des années 70, ce sont 4 amis venus du Nord qui attaquent le monument par la face Nord. Garbarek, saxophoniste qui aura plus tard tendance à un peu se complaire dans un lyrisme excessif se change en Gato Barbieri, et Bobo Stenson au piano donne à cette version un pulsation irrésistible !
Jan Garbarek - Bobo Stenson Quartet
De la version originale, on a gardé le cri et l'envie. Certains, eux ne retiennent que la rage, le combat qui suinte de ce classique. La furie des idées vient souffler à travers les anches du free le plus accompli qu'il soit. La contrebasse de Charlie Haden accompagne les seismes.Ca ne donne pas envie de savoir un peu d'où viennent ces révolutionnaires de la musique ?
21:38 Publié dans Comment écouter du free-jazz en 10 leçons, Pour le jazz, par ou je passe ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques, jazz
30.09.2007
Z "Mikabe" Le punk est mort, vive le free-punk !
Z, un nom de groupe définitif, intrigant. Une pochette qui n'en dit pas vraiment plus. Quand on ajoute en plus le fait que ces jeunes gens viennent du Japon, on commence à prendre réellement peur. Car au Japon, ils n'ont pas vraiment peur d'y aller à fond quand ils font des disques. Ici aussi, c'est du zéro compromis.
Pour simplifier on pourrais résumer leur musique par: chant punk bien faux comme il faut, saxo qui couine et rythmiques et guitares en fusion. Du lourd, je vous dit !
Moi j'adore, mais pour le coup, ca peut en dérouter pas mal, je pense... Enfin, moi, je crois en la capacité de chacun d'apprécier toutes les musiques donc, je vous fais confiance...Alors cette rage, ces cris ces envies de faire un peu n'importe quoi, mais pas n'importe comment, ca se retrouve un peu dans le free-jazz. Ici mélangée à cette bonne vieille fée électricité, vous pouvez rentrez ainsi dans le monde obscur de ces musiques non conventionnelles qui ne demandent qu'à être écoutées par des oreilles ouvertes à l'inédit...
Gohyaku Manyen (ah oui, en plus ca dure 10 minutes ^^)
Echelle de facilité d'écoute
Rythme 3/5: C'est pas là le pire...
Mélodies 1/5: Ca passera pas l'école des fans çà...
Longueur des morceaux 2/5: ben oui, ca dure un peu aussi.
Passerelle vers punk, groupes nippons barrés, free.
20:30 Publié dans chroniques: Rock pour tous, Comment écouter du free-jazz en 10 leçons | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques
06.06.2007
Etape N°4 Arvo Part, Georgy Ligeti, Steve Reich... La musique contemporaine: plongez, sombrez
Les grandes étendues, l' infini, se perdre avec le sourire en écoutant le vent. Si vous aimez tout celà, vous êtes probablement à même d' apprécier cette musique plus basée sur l' impression d' éternité que sur la puissance des mélodies.
Une éternité glaciale, émouvante à pleurer comme l' oeuvre d' Arvo Pärt, Estonien de son état, qui en appliquant la rigueur mathématique à ses compositions remue les entrailles de l' auditeur. Souvent sa musique est décomposée dans les livrets des CDs.. On y découvre alors l' étrangeté de ses lignes jouées en canon, décalées, plus ou moins rapidement qui en se mélangeant tendent vers le sublime.
Le morceau le plus émouvant que je connaisse, capable parait-il de pétrifier sur place une classe de collégiens est Cantus in Memory of Benjamin Britten . Si vous vous souvenez d' un spot pour SOS villages d' enfants qui passait des fois à la télé...
Arvo Pärt - Cantus in Memory of Benjamin Britten
Quand Stanley Kubrick s' attaqua aux étoiles dans son chef d' oeuvre 2001 l' Odyssée de l' espace, il convoqua tous les plus grands de la musique classique, Strauss et autres. Mais aussi Georgy Ligeti, ténébreux roumain dont la musique traversa le vingtième siècle. Ici aussi plus que jamais, il est question d' atmosphère, d' oubli et d' abandon. Lux Aeterna, composé pour un ensemble de voix peut rappeler à la fois Lovecraft ou l' holocauste. Cette musique profondément dérangeante fascine et renvoie in fine à ces tourments intérieurs malsains que l' on peut subrepticement exorciser en y prétant l' oreille.
Georgy Ligeti - Lux Aeterna
Et le rapport avec le free-jazz ? Eh bien, c' est surtout dans l' écoute une nouvelle fois qu' il faut le chercher, appréhender la musique différemment, se laisser porter, voguer avec les notes, entrer dans la musique. A fond, vraiment car il n' y a pas de demi-mesure acceptable je pense. Un bon casque sur les oreilles, une lumière pas trop agressive et vous voilà aux commandes du vaisseau...
Et d' ailleurs le jazz et la musique contemporaine se croisent également parfois comme avec un autre artiste des superpositions, Steve Reich. Fasciné par le gamelan balinais, les modifications imperceptibles et autres, il a composé une oeuvre absolument unique. Le coffret Phases, disponible à un prix dérisoire devrait vous convaincre. On y retrouve Music for 18 musicians, son graal de 50 minutes qui ravira les adorateurs de Tangerine dream et autres Krautrockeries , mais aussi Deser Music -tout un programme- et Electric Counterpoint, interprété à la guitare par Pat Metheny, quand je vous disais qu' il y avait du jazz dans cette musique..
Steve Reich - Electric Counterpoint (slow) / Pat Metheny (guitare)
12:50 Publié dans chroniques: pour le classique, y' a un hic ?, Comment écouter du free-jazz en 10 leçons | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques, libérez la musique
18.05.2007
Etape N° 3, l' improvisation kezkecé ? Instant Project Didgeridoo
Improviser sur une grille d' accord de blues, c' est bien, mais ce n' est pas très motivant. Improviser avec juste un didgeridoo pour partenaire et aucune répétition avant, voilà qui est plus stimulant !
Ce sont ces rencontres au coeur de la musique qui sont à la base de ce superbe ensemble CD / DVD. 9 musiciens vont affronter sans préavis l' ancestral instrument. Une prise une seule, le résultat est stupéfiant. Entre World-music primitive, jazz brut et incantattions mystiques, cette musique possède un gout prononcé d' authenticité.
Cette prise de risque, ce plongeon dans le vide, c' est aussi un peu çà la musique improvisée et le free-jazz. Mais l' auditeur et le musicien sautent souvent en même temps... Vous êtes prêts ?
SEb / Lokua Kanza - MYT
Avant d' écouter ce morceau, je ne connaissais pas plus que çà Lokua Kanza, je le considérais comme un chanteur africain de plus. Depuis, il m' a cloué sur place le garnement !!
YO2 / Cyril ATef - TR
Ah, mon petit batteur chéri qui fait des siennes....
Comme en plus on profite pleinement de ces rencontres avec le DVD qui est fourni, je ne vois aucune bonne raison de ne pas se procurer cet objet au plus vite
08.05.2007
Etape N° 2, la nature, quelle free-jazzeuse coquine !
Le ressac, le vent, les sons de la forêt... Qui ne s' est pas un jour laissé porté par eux ?
Personne, et il est fort probable que nos ancêtres avaient pour musique aussi le grondement tellurique de la nature. Et bien le free-jazz, c' est un peu un retour vers ces sources d' inspiration. L' oubli de la salle du conservatoire, l' oubli de la partition, l' oubli du CD avec le nom des musiciens dessus. Une fois que l' on oublie tout celà, le plus difficile reste encore à ne pas les chercher dans la musique que l' on reçoit... Tabula rasa quoi, oubliez les conventions...
Pour ce retour à la terre, un extrait d' un CD d' Emmanuel Dilhac, à la fois joueur de Digdjeridoo et spécialiste de la musique originelle. Qu' écoutaient donc nos ancêtres ? Utilisant tous les matériaux à sa disposition, pierres, bois et autres, il esquisse la musique de la nature.
Emmanuel Dilhac "L' homme qui fait chanter les pierres" -Pierre - bascules
Un peu plus près de l' homme mais toujours bien immergé dans la nature, le très bel album de Nana Vasconcelos, génial percussionniste brélien, maitre du berimbau entre autres et Egberto Gismonti nous donne un autre aperçu de cette approche différente de la musique, les mélodies naissent commes des chants tribaux, se superposent, se perdent. Nous sommes immergés dans la forêt amazoniennes.
Egberto Gismonti / Nana Vasconcelos "Duas Voces" -Tomarapeba
22:30 Publié dans Comment écouter du free-jazz en 10 leçons | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques, libérez la musique
04.05.2007
Etape n°1 Dave Holland "Conference of the Birds", John Zorn "The Big Gundown"... C' est du free-jazz çà ?
Ah, le free-jazz... Horrible musique à la fois élitiste et bruyante. Incompréhensible pour le commun des mortels, masturbation intellectuelle inégalable, voilà le free-jazz. Et ces jugements ne sont que partiellements faux, je dois l' avouer...même si j' apprécie honnêtement cette musique. Comment donc ? Motivé comme jamais, je vais essayer de tracer un itinéraire tout subjectif mais progressif vers ce graal....^^
1 Les free-jazzeux ne font pas que des bruits incongrus
On pourrrait même dire, rassurons-nous, ils aiment les mêmes musiques que nous... Pour commencer en douceur, deux extraits d' albums résolument avant-gardistes, mais aussi incroyablement accessibles et mélodiques.
John Zorn "Chi Mai" - Extrait de l' album "The Big Gundown".
Difficile de débuter plus joliment. Dans cet album, les mélodies immortelles de Morricone sont souvent explosés façon puzzle par Zorn et sa bande. Mais ici, rien de tout celà, on revoit Bebel ou un beau berger allemand courir dans les prés au choix... Une adaptation minimale mais sublime..
Dave Holland "Conference of the Birds" - issu de l' album "Conference of the birds.
Une douce musique, un réveil en douceur par les oiseaux du jardin.. Existe-t-il musique plus tendre ? Je n' en suis pas sur. Si le reste de l' album ext nettement plus barré, cette pépite devrait vous persuader qu' il ne faut pas prendre toute la musique dite improvisée pour un répère de barbus incompréhensibles et fiers de l' être.
15:45 Publié dans Comment écouter du free-jazz en 10 leçons | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique, musiques, libérez la musique



