04.02.2010

Doit-on acheter des mauvais disques pour la bonne cause ?

Un tremblement de terre sur Haiti le 12, trente chanteurs, chanteuses et un Michel Drucker tout en compassion en T-shirt siglé le 15, et le disque qui sort dans la foulée ! Ce ne tient plus de la réaction mais plutôt du réflexe, le monde va mal, on peut pas faire grand chose, mais au moins on va chanter pour la bonne cause à en faire péter les murs du studio.

 

L'exercice n'est d'ailleurs pas vraiment une chanson, c'est plus un hymne, un lavage de cerveau tout en sucre, la Marseillaise et l'Internationale réunies pour la charité. La musique: y'en a pas, les chanteurs: miséricorde de supermarché et rimes en toc (Grand Corps Malade en pleine forme), emballé c'est pesé courez tous acheter le single qui va sauver Haïti. Dans les années 80, Renaud et ses amis chantaient que l'Ethiopie mourrait peu à peu en beuglant "C'est beaucoup et c'est bien peu, c'est bien peuuuuuuuuu". Et bien non, pour qui aime un tout petit peu la musique, ce n'est pas beaucoup de sortir un disque comme ça, c'est juste indigne. Comment s'étonner du peu de considération de la population pour l'art musical quand ceux qui sont sensés le défendre sont prêts à mettre sur le marché de telles médiocrités serait-ce pour la bonne cause ? Haïti se désolait avant le seisme, dans six mois tout le monde aura oublié ce qui s'est passé, si ce pays a besoin d'aide ce n'est pas ponctuellement.

Mais la musique est maintenant un produit. Horriblement commun, bradé, banal. Seulement pour moi, la musique est plus qu'un prétexte qui permet à la fois de se donner bonne conscience et de montrer sa tronche (salut Ophélie, tu vas bien ? Ca faisait un bail !), quitte à faire une action symbolique, la prochaine fois, ne la mêlez pas à ça, ou alors, faites le bien.

25.01.2010

Nathalie Natiembé & Bumcello "Karma", ouvrez vos chakras à la grande musique du monde

karma.jpgNathalie Natiembé avait fait un peu parler d'elle, il y a déjà cinq ans de celà quand son précédent disque Sanker avait enthousiasmé la critique. Cette femme a tout pour fasciner: une attirance quasi-animale pour la musique qui a conduit cette mère de famille à pénétrer au plus profond du maloya réunionnais ou une engagement artistique intense qui l'a poussé à se prendre des cuites pour mieux comprendre les bleus de l'âme de son île. Comme Danyel Waro, Nathalie Natiembé n'a pas d'équivalent en France, comme lui elle peut avec un tambourin et sa seule voix captiver un auditoire. Sans être créole, sans la comprendre la poésie de ses mots nous transperce.

Vincent Segal et Cyril Atef n'ont pas non plus beaucoup d'équivalent sur notre territoire. Ils détruisent avec Bumcello toutes les petites cases musicales, rendent la musique savante accessible et la musique accessible presque savante. Le violoncelle du premier, les percussions animales de l'autre et surtout la recherche de l'essentiel, le plaisir brut, la puissance d'une mélodie qui te poursuit toute la journée, une longue complainte au violoncelle ou un beat destructeur qui rend impossible la station assise, tout celà est leur ordinaire.

La rencontre de ces trois musiciens est aussi exceptionnelle que prévu. Le côté animal du batteur réveille la lionne rock, presque punk qui sommeille dans les entrailles de Nathalie Natiembé, alors que le violoncelle de Vincent Segal sublime sa sensibilité, sa voix faite de puissance et de soleil. Un pur moment de plaisir et d'écoute mutuelle...

Karma
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Hkdododansing
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23.12.2009

Sylvia Desayles "Seville" 2'35 de douceur

desayles.jpgDe Sylvia Desayles, je ne sais rien. Elle est américaine, elle a débarqué en France au milieu des années 60 et a enregistré ce disque avec des musiciens du cru qui sont tombés sous son charme. Son grain de voix et ses belles envolées ne devaient évidemment pas laisser indifférent ceux qui l'écoutaient. Et puis, comme tant d'autres, elle a disparu. D'elle, il ne reste que ce disque, ces reprises de grands thèmes suaves ("The Look of Love" entre autres) et ces airs créés pour sa voix. Au terme de l'album "Seville" vient endormir l'auditeur, on sent l'Andalousie, la basse hypnotique, les nuits chaudes de l'Espagne, la désillusion de l'amour.

Sans que je ne sache vraiment pourquoi, cette chanson me fascine, me donne envie de voir Seville, de sentir ce désespoir discret qui transpire de la voix de Sylvia Desayles, à jamais oubliée mais qui me semble pourtant si proche... (Désolé pour la qualité de l'enregistrement, le disque accuse un peu aussi ses 42 années...)


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