07.12.2009

Léo Ferré - Psaume 151 - Un morceau qui en fait plus que bien des disques

leo-ferre1.jpgDe Léo Ferré, j'ai longtemps adoré plus que tout "La mémoire et la mer" et sa poésie diaphane. Rien ne pouvait à mes oreilles égaler cette complainte désespérée:  La mathématique bleue, les draps poissés d'aube fine, le chien de mer libéré sur parole, je pensais cette chanson insurpassable. Et pourtant "Psaume 151" me touche d'une façon bien différente et je me sens obligé de confesser qu'elle me fascine au plus au point.

Issue de l'album au titre qui le rend déjà indispensable "Amour Anarchie", cette suite semble pourtant si plate au premier abord. Douze minutes, Ferré raconte tout et n'importe quoi, et puis tous les couplets se ressemblent, il fait des trémolos à n'en plus finir, c'est vraiment too much. Mais une douce machine se met en branle. Déjà derrière la voix, ce n'est pas juste un orchestre, c'est un groupe, un vrai. La basse se balance doucement, et le batteur envoie du petit bois tout en discrétion. Et puis il y a le reste. Ce qui se ressemble est en fait en perpétuel mouvement. Les choeurs, les cuivres, les cordes et le vibraphone donnent à chaque couplet sa propre personnalité, il a des longues mélopées et des coups de poignards dans la partition. Sur ce fond monotone, cette chanson bouge intensément. La musique raconte sa propre histoire, fait vibrer d'autres zones de notre cerveau. D'ailleurs le mien est bien trop petit, jamais je n'ai pu apprécier à la fois les paroles hallucinées et la musique faussement simpliste de ce chef d'oeuvre.

Alors évidemment, quand on parle de Ferré, on ne parle jamais de Psaume 151, trop long, trop tout. Il y a tant d'autres chansons à dévorer, et la plupart sont sublimes. Mais si vous aussi, vous vous laissez envouter par cette chanson, post-rock immobile avant l'heure, intemporel et inclassable, dites vous que vous n'êtes pas seul.


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05.11.2009

Pepe de la Matrona, jusqu'où remonte le chant ?

pepe de la matrona.jpgQuand a commencé la musique ? Quand le chant s'est-il distingué de la parole ? Quelles sont les premières berceuses que l'on chantait au fond des grottes ? Sans apporter de réponses, Pepe de la Matrona nous renvoie au coeur de l'ame musicale humaine, entre le cri et le chant. Manuel de Falla parlait de Cante Jondo ou "chant profond" pour évoquer cet engagement qui dépasse de loin les frontières de la musique. Figure historique du flamenco, Pepe de la Matrona avait en lui cet animal, il était d'ailleurs souvent comparé à un fauve et son chant qualifié de préhistorique. A la fois tellement irrégulier et pur que la guitare en devient presque accessoire.

Seguiriya (enregistré en 1963, Pepe de la Matrona a alors 82 ans, et d'après les notes du disques toujours un petit verre de vin au pied de sa chaise)

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qawwali.jpgEn écoutant cet essentiel andalou, on comprend pourquoi comme par magie, le flamenco et la musique qawwali peuvent se lier avec un tel bonheur. Flamenco Qawwali est un coffret de musique brulante. L'association des deux cultures semblait fonctionner comme par miracle à la première écoute. En découvrant le Cante Jondo de Pepe de la Matrona, l'évidence s'impose aux oreilles. Ces musiques viennent de très loin, bien au-delà des cultures, ce sont le cri des hommes des femmes qui se battent et qui s'aiment depuis qu'ils existent, elles nous racontent la même hstoire.

27.10.2009

Liquid Ice "Rotten Apple" le morceau incongru de la journée

liquidice.jpgIl faut toujours se méfier quand on achète de la musique des îles en brocante. Et a fortiori, encore plus, quand, comme moi, on n'apprécie pas particulièrement le zouk ou le merengue. Car les musiciens antillais sont des filous. Ils ont tous des looks de guerriers du funk, posent avec des basses de 2 mètres de long et des orgues de folie, mais quand on met le disque sur la platine, c'est l'hymne à l'amour syncopé pour la doudou du Gosier qui sort des enceintes. Frustrant, très frustrant. Encore plus frustrant que ces dizaines de disques pas vraiment utiles à mes oreilles, il y a les disques avec un seul morceau fascinant, souvent un petit reggae ensuqué sur deux accords qui rend l'écoute encore plus douloureuse, car on peut alors imaginer tout ce qu'on aurait pu déguster si seulement tous ces gaillards s'était mis d'accord pour enregistrer un disque entier comme ça.

Après, il suffit juste d'être conscient de la situation. Ne rien espérer et finalement découvrir des morceaux absoluments déroutants sur des albums plutôt joviaux. Comme le dernier morceau de ce disque d'un groupe dominicain Liquid Ice. Sans prévenir, comme ça ils jouent un truc incroyable entre funk minimal et chanson Canterbury. La surprise est d'autant plus belle ainsi. Et voilà comment un seul morceau vaut ce petit billet. En plus avec le froid et la pluie, une petite vue sur l'océan ne fait jamais de mal.

Rotten Apple
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En fait pour être vraiment honnête, le morceau précédent me laisse aussi bien assis. Faut dire que tout le long du disque, on retrouve des solos d'orgue/synthétiseur absolument térrifiants. On sent que le groupe avait du casser sa tirelire pour faire venir le bouzin en bateau, ils en mettent partout. Pas étonnant qu'ils mélangent donc tout ça avec ce reggae bizarre. Mais vraiment bizarre ! Bon allez, c'est cadeau !

Love Soldiers

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