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05/01/2012

Daniel Erdmann / Samuel Rohrer "How to Catch a Cloud" Le nouveau jazz vole à basse altitude.

5e40407e5d37a195bb907e1b3a46970e_L.jpgIl est des images qui naissent naturellement sans trop savoir d'où elles viennent. Mais en écoutant le magnifique How to catch a Cloud fruit de la collaboration d'un saxophoniste (Erdmann) et d'un batteur (Rohrer), l'atmosphère se fait si dense, si pesante qu'on pressent l'orage. Les oiseaux rasent le sol, l'ambiance vire à l'électrique, si on bouge, on sue. Cette musique, ce n'est déjà plus vraiment du jazz au sens commun du terme, et ces quatre garçons (avec Courtois au violoncelle et Möbus à la guitare) forment un vrai groupe de mecs qui boivent plus de bières que de grands crus.

Il y a ici parfois la poisse du rock, souvent l'incertitude du free assumé qui laisse toujours pantois ("Mais ils voulaient vraiment en venir là ou bien c'est juste de la chance ?"), la technique pour mettre le tout en valeur et le vrai talent d'écouter l'autre. Car cette musique sans véritable solo (lire la petite présentation dans le livret et la phrase définitive de Zawinul: "Nobody solos, Everybody solos"), parfois si légère et épurée peut telle la jolie policière en faction, vous coller la tête contre le bitume en deux secondes. La performance du quatuor se révèle ainsi épaisse, presque palpable. Elle rappelle la formation française Rocking Chair, et à son instar tire la langue aux conventions, ouvre des horizons incroyables pour nos oreilles et dessine avec assurance la silhouette d'un hypothétique jazz du vingt-et-unième siècle.

 

06/09/2011

"La guerre est déclarée" Une bande originale encore meilleure que le film

la_guerre_est_declaree,0.jpgDepuis une semaine, difficile d'ignorer la sortie du film de Valérie Donzelli "La guerre est déclarée" qui retrace le parcours d'un jeune couple face à la maladie de leur fils. En déambulant en petits détails, moments furtifs (une soirée arrosée chez des amis qui vire à la salade de langue, une balade sur la plage, une entrevue rapide avec un ponte chirurgien qui conseille de "ne pas compter les oeufs dans le cul de la poule" avant l'intervention...), on se retrouve au coeur de cette vie intime où malgré le malheur, on rit, on boit, on s'engueule.

Et si l'éblouissement n'est pas aussi absolu que le laissaient envisager les louanges tissées par milliers récemment, la merveille de bande originale concoctée par Jérémy Elkaïm donne à l'ensemble une plus-value singulière. Ce dernier, séparé de la réalisatrice tient son propre rôle de musicien un peu bohême qui se bat comme il peut face au destin. Et si sa prestation de comédien laisse beaucoup à désirer (au point que certains se demandent si ce n'est pas voulu), la pertinence de ses choix musicaux laisse quant à elle pantois d'admiration.

Quand certains auraient donné dans le patos avec cordes à outrances et thèmes redondants, Elkaïm mélange les airs les plus entendus (L'Hiver de Vivaldi et sa tempête de violon rythmant le déluge de l'annonce dramatique qui se répand par téléphone interposé, la Badinerie de Bach ou Manha de Carnaval, pour toujours l'une des plus belles mélodies jamais composée) aux pépites de cratedigger élitiste des beaux quartier. Ca commence avec Le post-punk de Frustration pour les post adolescents attardés en sortie (si immédiat qu'on croit l'avoir toujours connu), puis Yuksek et son électro déjantée et violente qui se heurte aux murs de la salle de scanner évidemment interdite à la mère de l'enfant, pour finir dans l'espace avec O Superman de Laurie Anderson qui accompagne ces héros décidemment humains. Ajoutez à celà, Jacqueline Taieb et les 5 Gentlemen, échappés des années de folie du beat à la française et le bonheur se révèle complet.

Acteur inégal, Elkaïm aura eu le privilège dont tous les mélomanes rêvent un jour, celui de pouvoir chercher avec passion et curiosité le petit plus qui rend un bon film excellent. Et son ex-compagne (Je ne peux plus dire je t'aime d'Higelin tout sauf un hasard...) lui a sans aucun doute offert un ultime et magnifique cadeau.

04/08/2011

Michel Redolfi "Sonic Waters" Et si on essayait la véritable musique de plage ?

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Il y a le ciel, le soleil, et la mer...

Avec un peu de chance, voilà enfin l'été, la délivrance, l'apothéose de l'année, bonheur obligatoire, tenues légères, et sans aucun doute une musique adéquate pour accompagner le tout. Mais évidemment, reste à déterminer laquelle. Car entre les danses du soleil sponsorisées et les tubes electrofestifs estampillés french touch, le choix s'avère cornélien de médiocrité. En poussant un peu l'exigeance et la curiosité, les alternatives jouissives ne manquent évidemment pas. Un petit reggae (Groundation), de l'afrobeat saignant (Tony Allen) ou quelques détours en terre étrangères (Mamani Keita et son génial "Gagner l'argent français") feront très bien l'affaire...

Mais quitte à se lancer, pourquoi ne pas y aller à fond ? Sur la plage, il flotte une atmosphère sonore tellement étrange et singulière... Le soleil, le sable brulant, cette chaleur parfois suffocante qui vous  colle à la serviette, les yeux fermés, la peau ruisselante prete à se fendre sous tant de catégories d'UV cancerogènes différents...Tout s'emmêle, et dans ces instants le rythme de la vie s'efface derrière de douces variations d'un univers aux règles bien plus malléables. Ici les vagues, la brise, les cris des vendeurs de beignets harcelant les mères de familles balisent vaguement les limbes dans lesquelles on sombre avec délice.

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Michel Redolfi, musicien contemporain marseillais et longtemps émigré aux Etats-Unis a créé la musique idéale de ces instants, et même plus puisque ses oeuvres subaquatiques sont destinées à être écoutées (ou plutôt ressenties) sous l'eau. Disposifs étranges et intrigants et contraintes de compositions se lient pour offrir à quelques épisodiques chanceux des expériences uniques et déroutantes, probablement quelque part entre ambient et retour à la matrice universelle. Evidemment, on parle alors autant de sons que de musique et beaucoup n' entendront sans doute qu'un doux chaos insensé. Mais le compositeur, grace à cette démarche radicale nous amène vers une autre perception des choses avec un talent indéniable. Seul, sur la plage, ou ailleurs, on ressent la puissance de ces élements qui nous surpassent. On prend un livre ou on somnole et on se laisse envahir. Le mois de juillet était pourri ? Pas de problèmes, voici aout, ses plages et Redolfi...

A titre indicatif, un extrait du bien nommé Sunny Afternoon at Bird Rock Beach, issu de Sonic Waters (1982)


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Et surtout un lien passionant vers le travail du sieur:

http://www.youtube.com/user/michelredolfi

23/07/2011

Davy Graham "Midnight Man" Aux origines était le folk.

images.jpgOn découvre tous les jours. Y compris des artistes essentiels qui ont défini la musique d'aujourd'hui comme Davy Graham. En ce qui me concerne, c'est au hasard de mes périgrinations vinylistiques que je l'ai croisé et vite adopté. En quelques albums, le guitariste aux origines maternelles ensoleillées révolutionne le jeu de l'instrument. D'abord par la généralisation de l'accordage DADGAD qui lui permet de jouer tout en fluidité et en résonnances (pour les novices il s'agit d'accorder sa guitare différemment du classique Mi-La-Ré-Sol-Si-Mi pour passer à Ré-La-Ré-Sol-La-Ré), puis par sa maitrise du jeu en picking, des rythmes, et surtout par sa capacité à absorber toutes les musiques pour les jouer à sa sauce si particulière.

Midnight Man, disque sublime de 1966 qui succéde au non moins essentiel Folk, Blues and Beyond témoigne ainsi du génie de ce musicien caméléon, qui en jouant aussi bien des classiques du blues, du Lalo Schifrin ou des compositions originales ramène toutes ces influences à lui. Jimmy Page, Paul Simon ou Bert Jansch le citent en exemple, mais la renommée de Davy Graham ne dépasse que peu le milieu des initiés. Essayons donc de combattre cette cruelle injustice.

Hummingbird

La légéreté de la bossa pour cette composition lumineuse de Graham
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Watermelon Man ou Herbie Hancock qui se retrouve tout nu en cordes.
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The Fakir Schifrin sublimé, et mention spéciale à la section rythmique qui assure !


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21/01/2011

Au concert de 'Godspeed You! Black Emperor', Bougez avec le Post !

Godspeed-F-A-Infinity-300x300.jpg"Culte, culte, culte. On veut du culte !"

Voilà approximativement comment on pourrait résumer l'état d'esprit de la foule réunie vendredi 14 janvier à la grande Halle de la Villette pour assister au retour du groupe phare d'un mouvement musical obscur. Les Canadiens de Godspeed You! Black Emperor (GY!BE pour les intimes, attention à bien placer le point d'exclamation à l'endroit idoine) sont en effet les pionniers (parmi d'autres) du post-rock, appellation batarde d'un style musical non moins confus, mais globalement placé sous le signe de morceaux longs, de grandes montées en puissance mystiques et d'instants passés allongé sur le canapé, le casque aux oreilles et le son à fond pour bien gouter l'expérience présente.

En quatre albums (entre 1997 et 2002), globalement tous basés sur le même concept et la même ferveur, le groupe de Montréal a réussi à se former une réelle identité, un peu rock, un peu engagée, un peu communautaire. Tenant un peu de la célébration païenne, leurs concerts sont de véritables moments de partage avec le public, qui pour apprécier au mieux ces instants, devra débrancher son cerveau pour laisser ses tripes prendre le pouvoir. Alors quand le groupe se reforme, la nouvelle se répand vite. Voire Godspeed You! Black Emperor et mourir ou presque. L'attente a créé le désir et la grande halle se retrouve bondée de trentenaire pas vraiment rebelles.

Un homme, perdu dans ses bandes Super 8 au milieu de la salle, se bat avec d'antiques machines pour faire défiler en fond de scène des images illustrant les cavalcades des huit musiciens. Incendies, explosions nucléaires, documents divers se multiplient pour accompagner la lente et inexorable progression qui transforme en quinze minutes une rengaine simplissime au violon en démonstration de force rythmique et sonore. L'importance de l'effectif du groupe permet d'amplifier sans cesse la puissance sous-jacente contenue dans ces quelques intervalles répétés à l'infini. La mystification est complète, même si le tour de magie reste le même et se répète pendant plus de deux heures (on fera abstraction de l'introduction déroutante, quinze minutes de larsens en superpositions entre Xenakis, Merzbow et n'importe quoi mais en pas terrible si on ne ferme pas les yeux). Au bout de trente minutes, c'est fascinant. Au bout d'une heure, c'est génial. Au bout d'une heure trente, c'est un retour accompli. Au bout de deux heures, les mecs qui te poussent les bras chargés de binouzes ou les couples jouant la faufilade en se tenant pas la main commencent à te gonfler, surtout que ton dos accuse 30 ans passés et que tu es planté sur place depuis quelques heures. Au bout de deux heures trente, on remercie l'éclairagiste de nous épargner un rappel qui n'aurait rien apporté à la prestation de la formation. Allez, c'est fini, tout le monde rentre au bercail.

En fait, le plus étrange reste le fait que huit ans après son retrait de la scène, aucun groupe n'avait vraiment réussi à occuper la place laissée vide par Godspeed You! Black Emperor. Sans doute parce que leur musique, à défaut d'être révolutionnaire ou ambitieuse, est incroyablement honnête et basée sur une vraie histoire entre leurs membres. Plus qu'une histoire de technique ou de virtuosité, c'est avec leur humanité que les Québecois tissent un vrai lien entre eux et avec leur public. Et rien que pour cette approche singulière de la musique, il fallait assister à ce concert.

The Dead Flag Blues (histoire de se faire une idée)
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