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16/11/2010

Gil Scott-Heron "I'm New Here" Le retour du clochard céleste

51AHKF8iD8L._SS500_.jpgEn fait (et en gardant toutes les précautions d'usage), Gil Scott-Heron a réussit là où Renaud a lamentablement échoué. Alors que ce dernier s'est sorti de l'alcool avec une nouvelle poulette, une corpulence à piquer la place de Depardieu pour le prochain Asterix, trois chansons en bois, une voix de merde et rien à dire ; l'écrivain-chanteur américain, qui est passé par bien pire (le crack, la taule) est parvenu au-delà de tout à rester un véritable musicien.

 

250px-Gil_Scott_Heron_-_10-2-2009_San_Francisco,_Carofornia_.jpgAvec ses petits moyens: une voix toute cassée, toute éraillée et un physique de vautour décharné à faire pitié à un SDF, il donne une leçon à tous les amateurs de musique. D'abord, il prouve que cette musique, ce n'est pas qu'une histoire de voix et de souffle, c'est avant tout une histoire de tripes et de capacité à transmettre ce rythme intérieur profond qui ronge chacun de nous. Ensuite, il met à sa botte élimée la modernité, les machines, et sans jamais se cacher derrière elles, en fait ses alliées pour porter son message. Gil Scott-Heron et sa mythique gouaille semblent aussi jeunes qu'il y a quarante ans, et I'm New Here est pour moi l'un des meilleurs disques de l'année.

Pour finir, deux petits extraits aux titres suffisamment évocateurs.

Me and the Devil

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New-York is Killing Me
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25/10/2010

Barney Wilen: Moshi / Paul Bowles: Un thé au Sahara. Dans les entrailles de l'Afriques

index.jpgLe terme de voyage perd a perdu beaucoup de sens ces derniers temps. Aujourd'hui, il suffit de quitter une semaine son pavillon pour s'entasser avec quatre cents se ses semblables à Djerba, et l'on peut se revendiquer grand voyageur. Et si au terme du séjour, vous avez poussé le vice jusqu'à marchander un tapis berbère ou cinquante grammes de ras el hanout dans le souk, vous pouvez légitimement revendiquer le statut d'aventurier.  Ni vu ni connu je t'embrouille: on croit voyager alors qu'on s'est seulement déplacé. Mais malheureusement, le voyage, le vrai demande un investissement réel et un peu plus de lacher-prise. Il faut être pret à affronter l'inconnu, pret à se perdre, à avoir peur, avoir la diarrhée et la nausée à la fois, et tout celà n'est pas à la portée de tous. Alors à défaut de pouvoir se permettre une telle liberté de nos jours, il est toujours possible de prendre exemple sur les grands anciens qui ont su au détour de leur existence vraiment partir.

Prenez Barney Wilen par exemple. Il était doué, il était saxophoniste et il avait joué avec Miles Davis sur la bande originale d'Ascenseur pour l'échafaud, entre autres. Il avait probablement mille raison raisonnables de rester faire de la musique en Europe ou aux Etats-Unis, mais à la fin des années 60, il prit le prétexte fallacieux de la réalisation d'un film documentaire sur un voyage de cinq semaines qui l'emmenerait en musique à Zanzibar pour partir à l'aventure avec quelques amis. Moshi est le disque lumineux et frénétique qui témoigne de ce périple, qui ne durera pas cinq semaines mais deux ans et n'emmenera personne à Zanzibar puisque les quelques fous qui iront au bout de leur chemin finiront la route à Dakar. Le détail des détours est livré au coeur du double album en un récit truculent, entre le généreux producteur qui attendit plusieurs mois pour couper les vivres, les personnes qui s'en vont et s'en viennent, les musiciens croisés sur la route, les heures de musique filmée ou enregistrée, les étapes de six mois dans le désert Algérien et tant d'autres choses croustillantes.

"Au bout de deux ans, trois d'entre nous sont arrivés à Dakar. On est rentré en Europe avec beaucoup de musique enregistrée, des instruments et Elvis Mammadou, un chien de brousse."

Fort de ces rencontres, de retour à Paris, Wilen enregistrera donc ce témoignage d'une expérience unique. Entre collectage, musique improvisée, musique ethnique et musique écrite, il réunira toutes ses influences, et deux ans de sa vie dans cette oeuvre majestueuse. World-Music au sens le plus noble du terme, Moshi est un album qui anticipe dans une quête d'universalisme musical les CoDoNa que Cherry, Walcott et Vasconcelos enregistreront quelques années plus tard.

Zombizar - dansant et joyeux
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14 Temps - Avec un duo Balafon/guitare de toute beauté, hypnotique, sublime.
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8518-medium.jpgCe gout de l'aventure, cette envie de partir m'a fait irrésistiblement penser au roman de Paul Bowles (un grand voyageur aussi qui s'établit définitivement à Tanger en 1947) Un Thé au Sahara. On y découvre une Américaine de bonne famille qui se retrouve envoutée par l'Afrique et les Africains et quitte tout pour se fier à son seul intinct et ses désirs inavouables. Elle aussi partira du Maroc pour échouer en Afrique noire, elle aussi se sera abandonnée à des personnes et un continent qu'elle ne connait que peu. Et si je devais relire ce livre, c'est avec Moshi en fond sonore que je le ferai.

 

12/09/2010

Le Blind-Beatles, pour une reprise en douceur

index.jpg"Bonjour, nous sommes le groupe le plus célèbre du monde."

Avant toutes choses, il faudrait que je confesse que longtemps, je n'ai pas vraiment considéré les Beatles comme un groupe génial. Leur inconvénient le plus flagrant étant bien évidemment d'être trop populaires à mes petites oreilles élitistes. Mais avec l'âge vient la sagesse, et si je ne serais jamais un de leur inconditionnels transis, je reconnais plus que facilement leur indéniable talent. Quant à leur influence elle est telle que les reprises de leurs thèmes (absolument géniaux de concision souvent) pullulent dès la fin des années 60, surtout à une époque où les compilations / hommages / disques de danse sont légions. Autant d'occasions de faire un petit test des adaptations les plus étranges, glanées au détour des disques brillants... ou anecdotiques. Comme toujours, le premier à fournir les bonnes réponses aura toute ma considération, surtout s'il trouve tous les artistes osant ces reprises audacieuses... ^^

Extrait 1
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Extrait 2
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Extrait 3
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Extrait 4
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Extrait 5
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Extrait 6
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Extrait 7
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Extrait 8
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Extrait 9
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Extrait 10
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Bientôt les résultats ! Et en attendant, bonne rentrée à tous !

 

Petite participation, peu ont réussi à trouver certains que je trouvais assez évidents comme la 9...

Voici les réponses:

1 Lady Madonna - Peter Covent Orchestra. C'est du kitsch lourd, je l'admet

2 The Fool on the Hill - Michel Magne et son orchestre "Les plus beaux slows"...

3 Here, There & Everywhere - Franck Pourcel meets the Beatles... le plus grand de tous les rois de la reprise au sirop....

4 Norwegian Wood - Count Basie Orchestra

5 And I Love Her - The Sandpipers

6 Come Together - Claude Denjean et son gros Moog synthétiseur, un vrai traumatisme...

7 Something - Shirley Bassey

8 Penny Lane - La ca devient comique, j'ai oublié qui est l'auteur de la reprise très kitsch aussi...

9 Yesterday - Oscar Peterson

10 Eleanor Rigby - Caetano Veloso. Toujours aussi sexy, merci à tous les participants. Il y a quand même quelques 9 et un 10/10 !

 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

30/06/2010

Le Hellfest, polémiques, guignolos et branquignols

na05_2004478_1_20070624_px_490__w_ouestfrance_.jpgTiens, et si je parlais d'un sujet et de personnes que je trouve tous absolument désespérants et démagos ? Avec l'âge, la misanthropie me guette, je m'énerve tout seul en entendant causer dans le poste, je me file des ulcères tout seul, ce n'est pas bon pour moi, je dois donc parler du Hellfest et du carnaval de réactions incongrues qu'il a engendré.

Donc ce festival metal a eu un grand succès public, mais a fait plus parler de lui pour avoir constitué le sujet d'une bataille fort intéressante entre les tenants de cette scène en France et les glorieux guignols catholiques de la bande à Christine Boutin qui se font un devoir de traduire les paroles de chansons que personne ne comprend sans avoir le texte sous les yeux. Trop habitués à prendre la Bible au pied de la lettre, ces catholiques ont fait de même avec les texte d'artistes volontairement dans l'exagération de bon aloi et la provocation gratuite. Le résultat est connu et risible: Eau bénite sur le site du festival, curés dans les allées et débats sans fond entre personnes ne représentant pas grand monde.

1. L'Eglise, c'est Boutin et Slayer, c'est le Diable.

boutin_hlm_logements_livret_a_reformes_crise.jpgCe qui me trouble le plus, c'est la facilité avec laquelle on arrive à faire l'amalgame entre trois extrémistes en soutane et toute une communauté, pas forcément sensible au growl ou adepte des mosh-pits, mais qui je pense est loin de constituer une horde hostile qui s'avance crucifix à la main au devant du premier metalleux arborant un T-Shirt à tête de mort. On assiste à des scènes bizarres, du genre curé qui se balade en prêchant sa bonne parole à qui l'on répond à coups de "Et alors, la pédophilie, ça marche bien ?". Bref, ce sont les extremistes des deux camps qui se donnent souvent le droit de parler au nom de tous les silencieux qui restent bien loin de querelles aussi stériles.

2. Le metal, c'est pour les rebelles de toutes façons.

Surfant sur la vague très porteuse de la révolte et sur le fait que s' opposer à des greluches comme la mère Boutin ne peut qu'être bien perçu par le bon peuple, certains adeptes versent dans le délire le plus total, et parlent du caractère violemment anti-conformiste de leur musique, du fait qu'elle est là pour choquer, enfin bref, aimer le metal ca serait aller contre le courant dominant. Argument certes valorisant, mais complètement faux. La scène metal est je pense l'une des plus rentables et conformistes qui soient. Je ne vois pas vraiment où est le risque qu'on prend quand on a la chance de pouvoir faire venir Alice Cooper ou KISS (qui font l'effort de se maquiller pour chaque concert depuis qu'ils ont compris que ca fait rentrer des ronds). D'ailleurs si ces vieilles ganaches continuent à tourner, c'est bien évidemment par amour de la musique. A moins que ça ne soit par amour de l'argent qu'ils peuvent continuer à amasser tranquillou à grand renfort de marchandising sans trop se remettre en question. Leur public est fidèle, leur public se mobilise, leur public paie pour les voir (et c'est tout à son honneur), les rebelles dont on nous parle sont plus un reflet de la population d'aujourd'hui (profs, ingénieurs, commerciaux... ) qu'un ramassis de smicards ou de métallurgistes dans la dêche qui seraient venus sur place en stop ou en braquant un bus de ramassage scolaire. Si Iron Maiden, AC/DC, Guns & Roses ou Rammstein sort un nouvel album demain, il sera numéro un des ventes après demain, et le style qui a une identité propre résiste plutôt correctement à une crise de l'industrie musicale qui détruit les idoles préfabriquées. Si là aussi, il convient d'éviter les généralités et s'il reste bien groupes de vrais routards qui enchainent les concerts par passion et sans trop de revenus, un regard plus objectif serait salutaire.

3. Salut, moi c'est Patoche, tu votes pour moi ?

roy.jpg

Evidemment, quand un homme juste un peu plus lucide que les autres politiques en vient à soutenir la scène metal à l'Assemblée Nationale, il devient la coqueluche du public. Ce soutien populaire inespéré, il serait bien dommage de ne pas en profiter. Allez, roulez jeunesse, Patrick Roy le metalleux de l'hémicycle enfile sa veste rouge et vient draguer l'enervé. Evidemment, puisque tout ce débat vire au combats de stéréotypes, il fait fureur. Roy seul contre la politique, Boutin qui ne représente pas l'Eglise d'aujourd'hui, et des metalleux qui s'imaginent en rebelles qu'ils ne sont plus... Mélangez le tout, secouez bien, et voici, notre pathétique débat fort bien relayé dans les médias... Autre grand sujet...

4. Et sinon le metal, c'est bien ?

Je ne suis pas spécialiste du genre. J'écoute certaines choses, en apprécie aussi beaucoup, mais je n'ai pas une approche globale du genre qui multiplie les niches et sous-niches. Au milieu des choses qui me plaisent, je vous parlerais donc de Hacride, un groupe de petits gars de chez moi, et Car Bomb, un groupe de déglingos bien énervés.

Hacride - Zambra (2007)
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Car Bomb -Pieces of You (2007)
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31/05/2010

Arnaud Fleurent-Didier "La reproduction", ses parents, son nombril, son talent et Vassiliu.

arnaud-fleurent-didier-la-reproduction.jpgAttention, album intrigant !

Pour situer l'objet qui va finir par être de moins en moins obscur: le bonhomme a déjà fait défaillir la rédaction de Télérama (mais avec autant de références bobos le contraire eut été étonnant) et conquis Ruquier et ses sbires Naulleau et Zemmour (dont les appréciations musicales restent aussi fantaisistes que débitées avec aplomb et condescendance). Surtout Arnaud Fleurent-Didier possède quelque chose de fascinant, un mélange de Roger Waters pour le faciès élimé et chevalin et de héros de film de Rohmer, qui se raconte en admirant son nombril bronzé sur la plage. Un type tout-à-fait horripilant, mais aussi tout-à-fait interessant et plutôt sympathique.

Et finalement, quoi de plus évident pour quelqu'un de sympathique et bavard que de parler de lui, à travers ses parents ou de ses grand-parents ? Indiscret, indécent, déstabilisant (jusqu'où nous raconte-t-il sa vie ?) ce disque possède le mérite immense de concerner son auditeur. Comme évidemment, ce dernier est bien souvent issu du même serrail que le chanteur, qu'il a grandi dans le confort, l'amour et le revers à deux mains, La Reproduction est un disque qui lui parle. On en oublierait presque de parler de la musique, qui elle aussi se retrouve à l'image de son dandy d'auteur donc variée, subtile et craquante souvent, une peu lourdingue parfois. Tout ainsi reflère l'ambiguité qui plane sur ce disque faussement léger, et on se retrouve à le réécouter pour savoir pourquoi on ne peut s'en défaire...

Au rayon des réussites:

Mémé 68
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Et dans les trucs plus étranges

Risotto aux courgettes
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Le Bonus-brocante du jour

Image1-3.pngJ'ai appris de source sure que Fleurent-Didier a été influencé par Pierre Vassiliu. Même mélange de sérieux et de sourire, même capacité à faire de la bonne musique en portant un nez de clown. Par un heureux hasard, j'ai trouvé recemment un de ses premiers disques, où l'on retrouve entre autres quelques musiciens de Magma, pas du tout arrivés dans le coin par inadvertance à mon avis. Comble de l'étrangeté, il parle aussi de la filiation, des parents et des enfants. Ca ressemble aussi à une chansonnette et en fait c'est chiadé avec des cordes et tout et tout. Alors évident, ça se partage (malgré les petits craquements)

Un enfant (de l'album Attends - 1972)
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En espérant ne pas vous avoir trop éclairer sur ce disque, ça serait dommage.